Black Mamba Boy, Nadifa Mohamed

Voilà un livre dont j’aurais voulu qu’il soit un vrai grand coup de coeur, un sans conditions et sans restrictions. A cause de l’histoire et de l’homme qui l’a vécue, le père de l’auteure dont elle dit se faire le griot, un homme qu’elle présente de sagesse contenue avant de se lancer sur ses traces de petit gamin des rues d’Aden, au Yémen, en commençant presque au début, en 1935. Jama est alors encore le fils d’Ambaro, la courageuse, à peine tolérée sous le toit des autres, elle trime pour quelques sous dans la grande ville, elle peine à trouver la force de s’occuper de lui, Jama, tout en os et en faim.

Acolytes d’infortunes plus ou moins fiables, mendicité, débrouillardises, les gamins rêvent d’ailleurs, de sacs d’or et de grosses voitures au milieu des ordures. Mais Ambaro le lui répète, pour lui, Jama, ce sera différent, il est né sous une bonne étoile, elle le sait parce qu’un énorme serpent, le Blak Mamba, lui passé sous le ventre alors qu’elle état enceinte et et il est reparti, sans piquer. Elle y croit, son fils moins, surtout lorsqu’elle meurt. Commence sa quête au gamin, la recherche de son père qui est parti depuis longtemps, lui, le fantasque joueur de luth, derrière une frontière, chercher fortune. Par petits bouts de rencontres et à sacrés coups de volonté, Jama avance vers les déserts instables et la guerre que mènent les Italiens contre les anglais pour le contrôle d’un empire fasciste qui vu de là-bas, se délite déjà. L’armée enrôle et utilise avec dédain pour ses fanfaronnades criminelles et cruelles les hommes de ce pays-là pour leur pitoyable défaite. Jamba ne se perd pas, se décourage, fait des détours mais ne perd pas de vue le destin que lui a donné sa mère. Et pourtant, l’odyssée est loin d’être terminée avant qu’il n’écoute la voix de sa Pénélope pour revenir, peut-être, à un apaisement.

L’histoire de Jamba est exemplaire, presque hagiographique, une farouche résistance tranquille aux mépris, aux humiliations, pas après pas, murs après murs, frontières après frontières, Jamba va son pas. Un héros admirable, donc, mais pourtant un roman qui ne m’a pas emportée avec lui. Il m’a manqué un souffle plus fort, un ouragan plus stylistique et plus romanesque pour être vraiment soulevée. Mais j’ai trouvé plein d’excuses : la force de l’histoire vécue, en vrai, par son propre père ne doit pas être facile à s’approprier, et puis, c’est un premier roman. Enfin, je dis ça, mais je ne suis pas écrivain pour un sous, moi, c’est juste que quand un bonhomme a vécu un truc comme ça, ben, chapeau bas.

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