Les chutes, Oates

Attaquer un Oates presque juste après un Kadsische, évidemment, c’est prendre des risques, vivre sur une corde raide, risquer l’engloutissement définitif. Mais, il y avait la veuve blanche des chutes qui me sussurait « Viens, tombe avec moi, viens rechercher les morts, les âmes de ceux qui te sont cher et de ceux qui le seront, les âmes que je prends depuis la nuit des temps ». Alors, j’y suis allée, et en suis revenue presque intacte, pour une fois. Pourtant, ça tangue.

Ariah est fille de pasteur. A 29 ans, elle est non seulement célibataire mais aussi vierge, aussi vierge qu’on peut l’être, totalement ignorante du simple BABA de la chose qui se fait sous les draps. Le physique revêche et filasse, la poitrine plate, c’est pas gagné. Ce pourquoi ses parents l’ont abiboché avec un fils de pasteur, pasteur lui-même et pas mieux loti qu’elle côté chape de plomb sur « la chose » obligatoire dans le mariage, amateur de fossiles, il est enfoncé dans les abysses de la honte, on saura plus tard pourquoi. La nuit de noce est le désastre sordide programmé et dès l’aube, le mari d’Ariah se jette dans les chutes du Niagara, qui en a engouffré d’autres des désespoirs, et qui restera jusqu’au bout du roman, la sourde menace qui attire tous les personnages tour à tour dans ses remous.

Veuve subite, Ariah attend, se ronge de remords, pour elle, pour lui, le mari pitoyablement éphémère. Le cadavre réapparu, sa honte presque bue, étonnamment, Ariah s’émancipe du carcan conventionnel, fascinant sans le savoir le bel avocat, Dick Barnaby. Riche, réputé, de bonne famille, mais d’une famille à fuir, le couple va fusionner, puis procréer. Mais le démon est là qui veille, chez Ariah, de toute sa force d’auto-destruction morale, et elle est balèse. Comment s’empêcher d’être heureux, mode d’emploi, et faire quelques éclats au passage chez les « héritiers » qui vont devoir s’en dépatouiller …

Le roman brasse plus large que la famille névrotique au travers d’une autre faillite, celle de la ville des « Chutes » entièrement vendue à l’autorité diffuse et a-morale des grandes entreprises de produits chimiques qui, elles, ne polluent pas que les âmes, et Dick, le colosse qui ne savait pas qu’il avait des pieds d’argile, va comme les autres personnages, se nouer la corde cruelle qui mène à la chute.

Réaliste et presque fantastique, onirique parfois, c’est un très subtil mélange qui laisse un goût de vase, tant le démon intérieur ronge la façade de la famille d’Ariah érigée par Ariah, pour leur perte, peut-être.

La fin m’a un peu déçue, comme pour  » Nous étions les Mulvaney« , elle sonne un peu « en toc », comme pour rattraper en vol une normalité que l’on avait laissée vraiment loin derrière soi.

 

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