Marie Antoinette, Stephan Zweig

Stephan Sweig secoue doucement dans cette biographie d’une reine, les fantômes. De sa plume sortent d’abord les fastes de Versailles, les charmes pétulants d’une jeune fille future reine, qu’il dit être l’incarnation même du rococco : une reine d’abord dauphine hautaine, préoccupée de son seul souci de s’amuser, puis d’une reine qui s’enferme dans ce seul désir.

Sans rien vouloir voir autour d’elle qui la lie à ses devoirs ou la contraint à une autre volonté que la sienne. Avoir, prendre le plaisir de l’instant, du luxe de tous les possibles, immédiatement et sans limites. Egoïste, fière, consciente de son rang, mais pas de ses devoirs, légère, gracile, habile et traînant tous les cœurs après soi, on voit d’où Sofia Coppola a sorti son marie Antoinette de son chapeau. Il y a bien le problème de sa défloraison par son mari ( sept ans quand même …) qui inquiète sa mère, surtout que la pétillante reine et le placide Louis sont si à l’opposé l’un de l’autre dans leurs goûts et dans leurs horaires, que la chose paraît quasi incongrue. Et pourtant, finalement …

L’auteur dresse un destin à cette reine si gaie, à cette « madame déficit », à celle à qui les libelles populaires guidées par des mains aristocratiques attribuent toutes les perversions et ainsi ses « alliés » creusent le lit de la faillite de la royauté par la volonté de lui nuire, d’abattre l’orgueil de celle qui sait s’amuser, mais pas régner.

Selon Zweig, Marie Antoinette se réveille d’abord comme mère, puis, surtout, trop tard, à coups de boutoirs de la révolution, elle devient enfin figure royale. L’auteur dresse des strates d’analyses psychologiques fines comme de la dentelle, fouille, trifouille, montre explique, réconstruit une évolution, voire, une révolution, intime et intérieure. Il finit par faire corps avec sa cause, et nous ( enfin, moi …) avec aussi, parce que c’est drôlement bien écrit cette histoire d’une reine victime d’elle même, du sort, des rouages aventureux qu’elle ne semble jamais maitriser, faute de culture, de réflexion, de recul. Zweig n’en fait pas une innocente, même s’il l’innocente, il pointe ses insuffisances, ne masque pas la légèreté de sa conduite. Il l’appuie même,^pour mieux marquer la dignité finale.

Une biographie classique, qui se lit comme un roman, (c’est sûrement là sa limite pour un historien, mais comme je ne le suis pas, cela ne m’a pas gênée) et même un roman d’aventure (le seul hic de cette aventure là, c’est que l’on connait la fin …). L’époque et les événements s’y prêtent : de la rocambolesque affaire du collier, à la stupéfiante évasion des Tuileries vers la presque burlesque nuit de Varennes, d’autres tentatives de sorties du Temple sont aussi dignes de l’imagination d’un Dumas. Ce serait un roman que cette vie, que l’on n’y croirait pas, alors que dans une biographie, on est bien obligé de croire à ces sursauts d’une volonté de plus en solitaire, d’une reine qui ne pouvait mettre son rang en question, jusqu’à la marche lente, vieillie, souffrante, d’une femme qui n’est plus rien, et moins encore parce que venue de tout en haut, et tend le cou à l’échafaud.

Le parti-pris ne sonne pas comme une réhabilitation, il est nourri de connaissances, de reculs, finement tissé et sans démonstration ni à charge, ni à décharge : une reine qui disparaît dans le bain de sang que l’on sait, sans qu’elle comprenne vraiment ni pourquoi, ni comment et nous si.

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