Invasion, Fernando Marias

Quand on a fait un comité de soutien virtuel pour un livre que l’on n’a pas encore lu, faut quand même pas pousser le jeu trop loin et se soutenir soi même … Ce qui fait que je n’ai pas trop tardé à passer à la lecture et que je continue à adhérer à mon propre comité ( le contraire aurait été risible mais possible …)

« Invasion » est un livre à claques, elles arrivent par vagues, plus ou moins régulières, comme les invasions …

La première est celle de l’Irak par les troupes américaines. Par ricochet, l’Espagne s’engage à soutenir les forces du bien contre celle du mal sans visage, et par un plus petit ricochet, Pablo, paisible médecin militaire se retrouve sur le terrain. A contre-coeur, et avec beaucoup plus de peur que de conviction guerrière. Il n’en a aucune. Comme sa femme, sa tant aimée, Tina, il pense que cette invasion est injuste, inqualifiable, injustifiée. Mais voilà, il a signé, photo de Tina et Pilar ( sa petite fille) sur le coeur, il est embarqué dans l’invasion avec son meilleur ami. La base, l’ennui, la vacuité et très vite, une embuscade, un hasard, une nuit, une maison, plus tard, trois civils, trois innocents et deux coupables, de hasard, mais coupables quand même,  sans trop savoir de quoi, de qui.

La deuxième invasion sera celle de la peur sur l’esprit, l’engrenage des gestes, et les deux médecins se retrouvent meurtriers. Délire de l’un, folie de l’autre, demi vérité des deux. Leur retour en Espagne ne leur laissera aucun répit. Qu’il le veulent ou non, ils sont des héros. Des héros que l’on cache en attendant de les oublier. Mais l’oubli les oublie et la mort taraude Pablo. Il est envahi de son crime, ils sont deux là-dedans, et le pire est à venir.

Cloitré dans la grande maison des grands parents, le retour est de de feu et de sang pour Pablo. Bardé d’amour, celle de de sa femme, de sa fille, bardé aussi d’infirmières, de recommandations et de préocupations gouvrernementales (il ne s’agirait pas que le héros se mette à parler d’une voix discordante et devienne un simple coupable). L’étreinte sanglante se poursuit, entre délires d’innocence rêvée en culpabilité réelle, entre lui et sa victime, son bourreau, sa faute.

Marias n’épargne rien à Pablo, il triture sa folie, la construit de strates en strates. Le bourreau devient victime, ou est-ce l’inverse ? Le fantôme de la victime envahit, à son tour, le coupable, comme une revanche. Il lui prend sa vie, insère en lui les pires fantasmes et le garde en son enfer morbide. Qui va gagner ? Le retour n’est pas une délivrance mais juste le début de l’enfer. Femme, fille, ami, il ne reste rien. Balayé l’ancien Pablo, sauf que le nouveau, il fait peur. Même à lui même.

Un roman puissant qui fait transpirer sur son fauteuil, un thriller de la haine de soi, moi, je n’avais jamais lu un truc pareil. Entre fantastique onirique et hyper réalisme, comme Pablo, on se demande parfois où l’on est, si on va arriver à suivre sa course folle vers son innocence problématique, à pardonner encore les errances d’une culpabilité à laquelle on ne peut donner de nom, ni celle du hasard, ni celle de l’humanité.

 

 

PS : spéciale dédicace au traducteur, je me demande comment on dort quand on traduit un texte pareil ?

 

Comme je persiste dans mon comité de soutien : l’avis de Jérôme , un peu mitigé sur le dernier chapitre ( faut dire qu’il y a de quoi …) et de Sandrine qui dit « à lire » et remet ce titre en perspective avec la réalité.

 

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