Just Kids, Patti Smith

Moi, Patti et moi, c’est du sérieux et c’est for ever. Enfin, de mon côté évidemment. Par période, je peux écouter « Horses » trois fois par jour, à d’autres périodes seulement moins. Les autres que « Horses » aussi (j’ai tout) mais moins. Donc « Horses », sauf que le livre n’en parle pas beaucoup, il commence bien avant et se termine juste avant la gestation finale. Juste des petites choses sur « People have the power », en passant, et ce n’est même pas ma préférée …

Tout cela pour dire que je vais manquer complètement d’objectivité, puisque là, c’est mon (une de mes) idole(s) qui se raconte, un peu, un bout de sa vie, celle avec Robert Michaël Mapplethrope, son alter ego, son double, son amour, son passé, sa douleur, son chemin à elle, sa mort à lui. Leurs souffrances et sa pas rédemption.

On passe rapidement sur l’enfance à Germantown en Pensylvanie, juste quelques traits de pinceaux en passant pour planter l’origine, la jeune débraillée, lectrice et garçon manqué, les pas de travers, pas bien méchants, le goût de l’époque qui lui fait prendre le bus, solitaire jeune fille habitée de sa certitude d’être une artiste, pour New York.

Patti se montre fille de ces années là, elle traîne dans les rues, côtoie les rassemblements «  flower power », les voit peu, se laisse porter, libre et sans un sous. Dort dans les parcs, cherche des petits boulots, fait les poubelles, se drape dans son long manteau noir et cherche son trou. Elle rencontre Robert, pas mieux qu’elle tout pareil et ils se frottent l’un à l’autre, d’abord sans qu’il se pique. Robert, dit-elle, c’est un gentil garçon qui voulait devenir méchant, un ex-enfant de chœur qui veut se faire drag queen, elle c’est l’inverse ( elle ne dit pas vraiment comme ça, je traduis l’idée). D’ateliers en ateliers, de fêtes en fêtes, elle finira par les connaître tous de vue, le Warhol,  le Ginsberg, la Joplin, le Lou Reed et d’autres encore, anonymes papillons de la Factory et qui pour certains laisseront leur peau et leur talent dans les brumes et les vapeurs de la célébrité fabriquée au LSD. Mais ce n’est pas cette histoire-là qui est racontée, c’est la toile de fond pour les deux personnages principaux, donc Patti Smith et Robert. Deux amoureux au départ, deux amoureux autant d’eux mêmes que de l’autre et surtout de leur dieu commun, l’art, la création. Mi peintre, mi plasticien, mi photographe, Robert s’est déjà un peu lancé, elle va le suivre, l’accompagner, le distancer. Elle est pétrie de Rimbaud, et Robert de ses démons.

Il plonge, il s’éloigne, il s’enfonce, elle le retrouve, le berce, le laisse partir. Elle cherche sa voie, il se perd dans sa volonté de jouer la star maudite. Finalement, elle part vers d’autres rives, comme on le sait, et lui tient la main, au bout du bout …

En vrac, comme un fatras de bondieuseries et de tubes de peinture : les lumières de Brooklyn la nuit, les nuits fébriles collées au pick up, les silhouettes du Chelsea Hôtel, la débrouille, le sordide des tentures qui pendent aux murs croûteux, la dérive des magasines pornos, les expositions qui ne se font pas, les performances underground, les silences peu reluisants d’un artiste qui gâche un peu tout ce qu’il touche et finit sans lâcher prise. Pourtant, ni torturées, ni nostalgiques, les touches de mots s’ajustent. Bon soit, sûrement qu’elle se blanchit un peu, l’anguleuse Patti, ne raconte pas tout, mais bon soit, je doute de l’intérêt qu’aurait le récit d’une défonce, même c’est une défonce de Patti Smith … Elle le reconstitue, cet amour, et ils restent jeunes et beaux comme des dieux éphémères de l’instant présent, comme sur la couverture.

Un beau texte, d’une bien belle dame et un coup d’ « Horse », parce « People have the power », c’est un bien beau rêve, quand même …

2 commentaires sur “Just Kids, Patti Smith

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    1. Je pense qu’effectivement, il vaut mieux être fan du personnage pour apprécier cette lecture, la forme autobiographique demande souvent une adhésion préalable, je trouve. Et pour Patti, c’est mon cas !

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