Tableau de chasse, Rafaël Chirbes

Cet homme dont ne sait le nom raconte par grandes lignes et dans le désordre le flou de ses souvenirs. Fils d’un instituteur rouge, il a tiré un premier gros lot en pénétrant dans une famille aristocratique, mais ruinée, par le biais du frère handicapé, pour épouser la fille, Eva. L’a-t-il manipulé, ce premier échelon de l’échelon de l’échelle, cogité ? Orchestré ? On ne le sait. Lui dit que non. Mais la sincérité de sa parole est si souvent mise à mal …

Ainsi, sans doute a-t-il juré fidélité à Eva, ce chasseur, ce prédateur de femmes, ce soiffard de sexe ( n’attendez pas non plus des scènes torrides, hein, c’est par brides …). Comme sa réussite financière, ces semi aveux ne sont qu’hypocrisie. Il met la famille respectable d’un côté, les parties fines de l’autre. Un monde cloisonné qu’il légitime. Sa réussite sous le franquisme triomphant a été fait dans les magouilles et les passe-droit, même si le narrateur se garde bien de le dire comme cela. Là aussi, il cloisonne, laisse le couvercle, à vous d’imaginer les marmites des scandales qui couvent en dessous de sa parole.

Eva, la femme qu’il a épousé, la belle Eva qu’il dit avoir tant aimée, si fine, si délicate, si diaphane, l’accompagne dans les étapes vers la, puis les, nouvelles maisons. Elle sera sa caution à la famille et la beauté. Elle reçoit dans son salon madrilène les franquistes respectables, même quelques artistes, se fend de goûts modernistes. Elle aussi fait dans la veulerie, mais en sourdine. Ses trahisons ne sont que les fêlures discrètes d’une bourgeoise qui s’ennuie.

La face cachée de la réussite, c’est Ort, le gros Ort, Ort, le vulgaire, qui manque de classe, celui qui fournit les jeunes filles qu’on s’envoie comme des caramels mous, pour se boucher une dent creuse, entre deux « affaires », sûrement à la fois louches et juteuses. Ort, le complice, l’ami du narrateur, qui lui a mis le pied dans la casserole sera évincé quand il fera trop tâche dans le salon d’Eva. Le narrateur s’en souvient parfois …

De ce passé divisé, le personnage vieillissant ne garde que peu de choses, ses enfants sont des ombres dans son tableau et Eva aussi a fini accrochée au mur.

Dans la grande maison vide, reste Ramon, le domestique à demeure, et dans la grande villa du bord de mer, la revanche du fils de pauvre sur son passé, ne résonne plus aucun bruit.

L’écriture est, comme la parole du personnage, toute en subtiles nuances d’apparences. On cherche la faille, le secret, la révélation, la punition. On ne fait qu’entrevoir l’opacité de l’aveuglement volontaire ( y a-t-il aveuglement d’ailleurs ?). La punition ? Elle n’est que dans la solitude de l’absolue certitude d’avoir eu malgré tout, raison … ce qui fait que l’on peut ne pas aimer laisser le dernier mot du livre à ce salaud là.

Une lecture commune avec Ingamnnic dont je ne sais ce qu’elle va en dire tant on peut être mitigée sur cette lecture …

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