Les saisons et les jours, Caroline Miller

En sous-titre, il est indiqué « roman vintage », ce qui fait que c’est ma première lecture d’un roman vintage. Je ne sais d’ailleurs pas toujours trop de quoi il s’agit, un roman vieux fait avec du neuf ? Je veux dire Madame Bovary, ça compte comme roman vintage ? parce que du neuf avec du vieux, on n’a pas fini d’en lire à cette définition là … Me disais-je à moi-même en commençant ce roman, vieux et neuf à la fois, donc …

C’est en lisant la postface qu’un éclair est venu joindre ma lanterne. En fait, Les saisons et les jours a été un best-seller en son temps, le best seller des pauvres fermiers du sud des Etats-Unis, ceux qui triment dur sur la terre, sans même un esclave pour les aider, avant que l’autre roman du Sud, celui des riches qui s’amusent et profitent de la terre sans même s’y courber, ne vienne complètement l’éclipser ( ce dont l’auteure semble avoir garder une certaine rancune à Autant en emporte le vent, donc) Ce qui n’a aucune importance pour savourer cet autre chant de la terre du sud qu’est ce roman de C. Miller …

Ne pas chercher le glamour en ces pages, point de Scarlett, de Ruth Butler, pas de garden party, ni de sieste pour garder le teint pâle. Le visage ici est tanné, le corps ployant et souffrant, mais la nature est  belle et parfois généreuse aux hommes et aux femmes qui la creusent. Et oui, comment se régaler d’un roman qui avance à la vitesse d’une famille qui laboure et labeure, à la vitesse des saisons qui passent et des jours qui se suivent, tout cela sous fond de bœufs qui peinent …

Seen ( prononcez Se-en) et de Vince, la mère et le père sont venus de Caroline, pour, comme leurs ancêtres, faire leur propre trou ailleurs. Loin de la côte, de la grande ville et de ses tentations, ils ont bâti, sur des terres ingrates, maison et famille, quatre enfants vivants, une certaine aisance, à force d’acharnement et de renoncements, sous le regard du dieu qui puni et récompense, parfois ( pas souvent, c’est un dieu plutôt radin, en fait)

Le roman commence le jour du mariage de leur fille Cean ( prononcer Cé-an) avec Lonzo. Ne cherchez pas les crinolines, c’est en char à bœuf qu’ils convolent, modestement. Cean a 19 ans , Lonzo lui fait un peu peur, mais elle est prête à être ce qu’elle est destinée à être : une femme qui travaille pour aider son mari, qui a des enfants pour les nourrir, à son tour, comme cela doit être fait. Comme une qui ira son sillon jusqu’au bout, un sillon qu’elle attend, aime, va creuser et accepter. Ses frères suivent aussi leur route, parfois en déviant, comme Lias, qui ramène de la ville une femme trop belle pour qu’il arrive à vraiment l’aimer, Jasper, celui qui aurait peut-être fait mieux que son frère aîné, mais renoncera à se battre, et Jack, un peu lunaire, qui échappe aux rancoeurs. Parce que même si l’on suit les saisons et les jours qui passent à la vitesse des bœufs qui creusent les sillons, le sort et les tourments de l’âme n’épargnent pas les ruraux qui triment sous le soleil qui les crament. Coup de sécheresse, coups de gueule, coup de canifs dans les contrats d’amour-toujours,  pas Ruth Butler à l’horizon. Cean aligne les grossesses, un autre enfant, toujours trop tôt venu après le précédent, elles marquent son corps, ralentissent les gestes, la courbent vers la terre, toujours … La marche du temps est lente pour gagner quelques pièces d’or, on fait profit de tout, d’une peau de serpent, d’une graine, on ne rêve même pas d’un ailleurs ou d’un mieux …. ( sans parler d’aller se faire une robe de bal dans les rideaux de la salle à manger, comme une certaine peste sans moralité …)

Sur le quatrième, il est dit aussi que c’est un roman « naturaliste », ma foi, je ne sais pas si Zola est vintage à son tour, mais paradoxalement, le charme de ce roman est justement dans sa désuétude, rude, sec, descriptif plus que démonstratif. La démonstration, ce n’est pas dans ce monde-là où les sensations dominent toute expression d’un certain bonheur : le bas beurre baraté, la sueur qui tombe sur le maïs, un champ de violette, des magnolias, la laine qui trempe dans la teinture, les chutes qui font des contrepointes, des matelas de feuilles crissantes, des branches de houx comme balais, une pudeur, une retenue dans les riens qui finit par charmer.
Un grand merci à Jérôme pour cette gentille surprise venue par la poste …

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