Mai en automne, Chantal Creusot

La maison de Marie est un peu à part du village, Marie est à part tout court. L’histoire de cette ronde de femmes commence par elle, dans cette maison où surgit Solange, une nuit de bombardements dans un petit village de Normandie, plus rural que maritime, même si la mer n’est pas loin et qu’on l’entrevoit des fois. Marie est servante dans une grosse ferme, dirigée par la veuve Laloy, toute en générosité, le fils, Camille, y nourrit son âme inquiète de rêves de livres et d’un amour inabouti pour la belle servante égarée dans son ailleurs.

Dans le village, deux familles de notables, les Vuillard, leur fille Marianne. Marianne est l’excessive fille, rebelle, provocante, fille de Pierre et de Lucille. Pierre, enfant d’une veuve méritante,  a gravi les échelons de la médecine et a, au passage, comme un faux pas de côté, épousé la bourgeoise Lucille, au détour de l’amitié pour un frère défunt. Ils habitent la grande maison aux tilleuls défraîchis. Lucille s’y noie l’âme de rancœur. Pierre se noie dans son travail, et prend quelques maîtresses au passage.

Les autres notables, les Laribière ne sont pas mieux mariés, lui, avocat de province, elle, niaise à faire honte, heureuse de tout. Eux ont un fils, Simon, un peu égaré entre eux deux.

Une micro société provinciale et aisée, prospère mais agitée des âmes, le sujet n’a rien d’original mais son traitement est d’un charme puissant. L’écriture en fait une architecture complexe mais riche de surprises, de phrases en phrases, on va creusant. Car, pour cette histoire qui se tient en deux générations, dans l’entre deux guerres, on fait d’abord la ronde des filles de : Marie, donc, fille de personne, adoptée par la veuve Laloy, dont les sabots sont bien campés dans l’amour pour cette simplette, si ailleurs qu’un soldat allemand la cueillera par hasard au coin d’un bois. Ensuite, il y a Solange, la coquette ingénue, et sa soeur, Michelle, l’austère engagée, ce sont les deux filles de la libraire. Et c’est Simon qui cueillera Solange, à la place de Michelle, par le détour d’une photographie, autant dire d’un leurre …. Et Madeleine, l’amie de Solange, qui fait des grimaces par derrière les dos et se désespère, perdue de n’aimer que son médecin de père.

Il y a aussi la belle femme du procureur, plus libre, comme un papillon qui accroche une lumière éphémère.

Des hasards qui font que l’amour naît et disparaît, la fugacité des sentiments qui lient irrémédiablement pourtant ces hommes, ces femmes, ces filles, pour toujours, alors que les fils sont cassés. La grande histoire traversent les uns et les autres ; la grande guerre, l’occupation, la résistance … et ils continuent à marcher artificiellement, la tête haute pour les uns, puisqu’ils ne savent faire autrement, la tête dans les murs pour d’autres, les événements extérieurs font des trous dans leur trame, ouvrent des fosses.

Mais voilà, si rien du propos n’est vraiment nouveau, le style de l’auteur tient serré, très serré, le tricotage, les mots tiennent ici la dragée haute, serrent les destins. S’ils sont précaires et flous, humains … juste, quoi … Leur restitution leur donne une allure de marbre aussi mouvant que du sable. Magistral pour moi. 

 

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