Northanguer Abbey, Jane Austen

Oh !!! la belle gourmandise que voilà : un chou à la crème avec plusieurs couches de crèmes : la caustique, la quasi flaubertienne sur les mœurs de province, la caustique, encore, sur l’héroïsme romanesque, la caustique, sur les jeunes filles à l’imagination gothique, et la caustique, sur sa propre écriture. Caustique, donc mais tellement léger que vous plongez les doigts délicieusement nacrés rose bonbon dedans, avec les ongles un petit peu pointus, pointus … et Jane Austen s’amuse à nous taper sur les ongles, lectrices prises en flagrants délits de gourmandise les ongles pointus dans le pot.

Son héroïne, Catherine, est tarte à n’en plus pouvoir. Elle n’a rien d’une héroïne, et peu d’une héroïne austéienne (ça existe comme mot ? Pas grave) , ce qui fait que l’auteure nous prévient tout de suite, avant d’en faire quelque chose, elle a du boulot. Elle nous explique sa fadeur, peu prometteuse, sa normalité décourageante, avant de la plonger dans des situations romanesques convenues dans ce monde qui est le sien (en gros comment trouver un mari sans en avoir l’air). Sauf que Catherine, elle ne sait vraiment pas se débrouiller toute seule, et sans cesse l’auteure lui donne-t-elle une petite claque sur la crinoline, et c’est drôle …

La jeune fille n’est pas d’une grande beauté, pas d’une grande richesse, pas d’une grande famille ( enfin, si, mais uniquement par le nombre), pas d’une grande intelligence, ni d’elle même, ni des rapports sociaux dans lequel elle se trouve plongée par le miracle d’un séjour à Bath, ville d’eau snobissisme et anglaise avec toutes les vieilles dentelles qui froufroutent et les jeunes dentelles qui tentent leur chance dans la valse aux maris. A peine parrainée par sa marraine dont le seul souci est la couleur des chapeaux, et qui passe son temps à déplorer leur absence de connaissances mondaines, Catherine paraît bien mal lotie pour trouver un cavalier pour le bal rituel.

La Catherine, naïve, cruche et gauche comme une potiche chinoise posée sur un buffet post-modernisme, ne tarde pourtant pas se faire une grande amie pour la vie, la Isabelle Thorpe, aussi sincère qu’un thé à la crème aromatisée ciguë. Il faut dire que la Isabelle a un oeil sur le frère de Catherine, James, qu’elle tiendrait bien à mettre dans ses filet à provision au cas où elle ne trouverait rien de mieux. Sans compter qu’elle a aussi un frère à caser, le Thorpe, animal aussi sympathique qu’un sabot de cheval, n’imbu que de lui-même et que de parvenir à ses fins, vaniteux, bavard, un repoussoir que Catherine peine à repousser dans sa bonne volonté de bien faire. En effet, pour être convenable, il faut que le duo ( James et Isabelle) devienne quatuor, ( Catherine et le Thorpe), une amie pour la vie servant surtout à mettre la main dans la sienne lors de promenades en formes de préliminaires. Une jeune fille convenable ne pouvant pas la mettre dans la culotte du convoité, enfin, pas directement.

Cependant, la Catherine devient petit à petit héroïne et dans sa nunucherie tente de résister à la poussée collective des trois autres. Il faut dire qu’elle a croisé le regard du bel Henry Tilney, qui ne demande pas mieux que de se faire attraper, encore faudrait-il que Catherine s’en rende compte …

Le manège des jeunes gens qui jouent à chat dans la limite des places disponibles est juste délicieusement méchant, orchestré comme une valse où Catherine joue, toujours, innocemment, le contre temps. Sans cesse, elle se trompe, de sentiers, de promenades, de regards, de tactiques pour changer de cavalier. Avec comme seul manuel de survie, les romans gothiques, remplis de soupirs énamourés qui bruissent de tiroirs secrets, et de secrétaires enflammés oubliés aux manuscrits décevants, de secrets de famille tapis dans l’ombre.

 C’est dire que lorsqu’elle arrive à bon port, la Catherine, on est content pour elle et grandement épris du tournoiement ironique que la Jane Austen lui a infligée.

 

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