Une enfance à l’eau bénite, Denise Bombardier

Une lecture vers laquelle je ne me serai jamais tournée sans l’avis de Luocine. Pourquoi ? Ben parce que j’ai plein d’à-prioris, et qu’à priori, l’enfance malheureuse d’une jeune canadienne québécoise française dans les années 50, à l’esprit conformaté par le pire des catholicismes, celui qui bride les cœurs et flagellent les corps au nom d’une morale rétrograde qui fait que les esprits les plus curieux se contorsionnent de culpabilité, moi ce n’est ni mon credo, ni mon chapelet. Cette lecture est pourtant passionnante, aussi passionnante, que finalement exotique … Denise Bombardier m’ a causé d’un autre monde …

L’auteure y retrace, chapitre par chapitre, chacune de ses années de scolarité chez les sœurs, de la docilité à la révolte, encore timide, mais radicale : comment le carcan s’est levé. Sur ses premiers bancs, elle est sage, croyante sincère et même passionnée, puriste, elle aime les sœurs qui la gouvernent, pleine d’une affection éperdue pour ces femmes stupides, incultes et bornées. Ce que la petite fille ne voit pas. Elle croit dur comme fer ce qu’elles racontent, comme quoi les nègres mangent leurs enfants et qu’il est bon et bien, de son devoir même, de participer à une croisade pour les racheter … L’enseignement de l’histoire, entre autres, se borne à la vénération des martyrs, les saints colons français venus en terres sauvages pour y apporter la seule foi possible.

Sa foi se double d’une farouche volonté de réussir par l’école, d’être dans les premiers, d’avoir le meilleur pupitre, être dans les bien vues, les regardées, les aimées, vu que chez elle, ce n’est pas vraiment cela. Son milieu modeste lui fait honte et elle le cache.

Sa mère la soutient, lui paye les cors de diction qui vont l’élever vers le beau mariage, la belle maison. Le père les conspue, les « culbéquois » qui se laissent mener par la religion et sont exploités par les Anglais, les vrais patrons que mère et fille méprisent. Elle cache son père, si peu aimant qu’il ne lui adresse jamais la parole, ne dit pas son prénom, sauf saoul. Même pas violent, juste terriblement indifférent, incroyant et blasphémateur. Elle ment, s’en invente un autre, pour être plus pure, plus digne des sœurs.

Cette contradiction intime ira grandissant et déchirante, chaque année apporte son lot d’écorchures à cette foi hypocrite qui ne fait que conduire les « pures jeunes filles » à se délecter de sermons sur la pureté, qui allument les premiers frissons des désirs interdits … 

Une autobiographie étonnante, moi qui suis peu amatrice du genre, ça se lit comme un roman, en fait (qui pourrait inventer, par exemple, un sujet de rédaction pareil : « Vous êtes dans votre cercueil. Racontez ce que vous pourriez entendre dire par les personnes venues se recueillir autour de vous » … ? Un sadique ?).

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