Le manoir de Tyneford, Natacha Solomons

La narratrice est Elise Landeau, une jeune fille gâtée par le sort social, à priori, et culturel, aussi, tant qu’à faire. Elle est la petite dernière d’une famille d’artistes viennois, un peu fin de siècle décadent, libres d’esprit, mais pas trop, avec des principes et des valeurs morales. La mère, Anna, est une Diva d’opéra, le père, un écrivain à l’originalité reconnue, la soeur, une musicienne douée de naissance. Tous les trois sont, beaux, intelligents, doués, admirés, admirables, raffinés, aimés, aimants … Même la bonne est parfaite. Trop beau pour être vrai et crédible ? Ben ouiiiiiais un peu quand même, mais pas trop …

Dans cette famille de papier glacé verso people intellos, Elise est, soit, l’enfant gâtée, mais aussi un peu, le vilain petit canard ( enfin, un vilain petit canard tout relatif quand même …), pas particulièrement douée pour la musique, pas particulièrement belle (moins que sa soeur, et surtout moins que sa mère, son parangon de l’excellence, la si aimée, si sublimée Anna)

Bon, évidemment, pas de petites histoires sans la grande, surtout quand on est une famille d’artistes, oui, mais d’artistes juifs même pas pratiquants, à Vienne juste après l’Anchluss. Le doux et précieux cocon d’Elise doit se déchirer, les tableaux commencent à disparaître des murs de l’appartement jusque là si douillet, les bijoux tendent à intégrer les doublures plutôt qu’orner les cous, et les robes de soie sont portées pour la dernière fois. Les temps pressent et Elise doit partir la première. Elle est poussée hors du nid pour être mise en sécurité, et doit joindre l’Angleterre pour être embauchée comme domestique dans un domaine dont elle ne sait rien. En attendant que l’horizon soit un peu plus ouvert et qu’elle puisse rejoindre sa famille, pour l’instant en attente des visas salvateurs pour les USA. 

Elise part, la valise lestée d’un violon alto contenant le dernier roman de son père, de quelques perles et d’une robe d’Anna, d’un livre de cuisine confié comme un sésame pour sa nouvelle vie et le coeur gros comme un chocolat viennois version Big Mac. 

Pour la petite viennoise sucrée à la praline, le choc de la domesticité est rude, son anglais rudimentaire enchaîne les gaffes, sa connaissance du service se limitant à celui que sa bonne lui prodiguait. Sauf que, elle n’est pas tombée dans n’importe quel domaine et pas dans les papattes de n’importe quel(s) maître(s) ….

La suite est assez prévisible, mais pas que …. On croise aussi de beaux paysages, une contrée presque elfique, des personnages rigides et friables à la fois, sans tomber dans la caricature sentimentale, un peu eau de rose, mais un plus soutenu et un délicieux moment de lecture, si on en accepte les codes, évidemment.

Merci à Galéa, sans son avis enthousiaste, je n’aurais jamais mis les doigts de ce pot de confiture …

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