Noire avec blanche : Lola Lafon et Ayana Mathis

Sur un plateau d »’Étonnants voyageurs », il y avait Lola Lafon ( « La petite communiste qui ne souriait jamais) et Ayana Mathis (« Les douze tribus d’Hattie) : elles sont femmes, et le titre de la rencontre était « Destins de femmes ». Normal. A « Étonnants voyageurs », on aime bien les thèmes généralistes. S’en méfier, dès fois, ils cachent des poncifs. Or, là, on a été loin des poncifs du côté des deux auteures .  On a été contre.

Le jeu de cette note, c’est qui a dit quoi ? (Bon, c’est un peu fastoche en même temps …) 

Une a dit qu’elle parle de l’exode de plus de six millions de noirs du sud vers le nord dans les années 20 aux USA. Elle dit qu’elle veut dire l’impact de cet exode, qui était peut-être un exode vers la liberté, mais pas sûr, qui était aussi un exil.

Une dit qu’elle veut parler du corps féminin, de son rapport avec le pouvoir, avec la confrontation des pouvoirs, en ce temps de la guerre froide, et qu’à travers l’histoire de ce corps, c’est l’histoire de l’Europe, et l’histoire de l’Europe et des USA qui regarde un corps féminin et qui ne veut pas le voir grandir. C’est l’histoire d’un regard politique qui frise la pédophilie. Un regard masculin, le même d’est en ouest. Un regard qui nie le corps réel et veut le voir fantasmé, pur et enfantin à jamais, figé.

L’autre dit que le corps de la femme noire  dans la littérature américaine ( je donne un indice, là …) se résume à deux clichés ; le corps hypersexualisé, la beauté black, et l’autre, celui de la mama, est le corps sans sexualité, le tablier à la main, la maternité au ventre et les kilos en trop. ( je surajoute un peu pour les kilos en trop, mais c’est l’idée, je pense.)

L’autre dit que c’est pareil, que quand on dit « filles de l’est » on voit dans notre tête les prostituées sur des grands boulevards français, aux corps offerts, ou alors des mannequins à la perfection « slave ». Et que lorsque l’on dit « femmes de l’est », on voit la vieille avec le fichu, qui égrène des haricots sur le pas de sa porte. (on tout cas moi, je vois bien la porte, et la beauté de la misère qui est impudique à crier … ). Dans les deux cas, la femme est niée, réduite aux regards portés sur elle et aux mots collés dessus par le regard masculin. Elle dit qu’elle a voulu raconter un corps qui échappait à cette frontière fabriquée et caricaturale.

L’une dit alors que pour donner à voir le côté des femmes, elle a juste voulu créer un personnage complet, avec sexualité, pas hypersexe,  avec des envies, et qui soit au centre de sa propre histoire. 

L’autre ajoute et complète en évoquant la violence du titre de « Libé » lors des jeux de Moscou où Nadia Comanecci a 17 ans :  » La petite fille s’est changée en femme : verdict ; la magie est tombée ». La salle frémit, moi aussi, je n’avais pas compris cette violence, j’avais cru au culte de l’innocence. Bêta que je suis.

Il me reste à lire les deux livres après avoir été convaincue par les paroles de ces deux femmes qui, et, c’était pour cela une rencontre juste, parlant de leur livre ne faisaient pas de promo : elles s’écoutaient et nous faisaient entendre deux voix au delà du féminisme revendicatif. (Je n’ai rien contre les revendications féministes, évidemment, mais là c’était mieux dit.)

 

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