Rebecca, Daphné du Maurier

Une relecture délectable … Dès la première phrase, tout le suc romanesque vous remonte aux effluves de la mémoire : « J’ai rêvé l’autre nuit que je retournais à Manderley » suffit à pour remonter l’allée sombre et hantée vers le château du prince charmant renfrogné et de la vampire à double visage. Puis, quelques lignes après, (je transforme juste un peu) : « Je me sentis soudain douée de la puissance merveilleuse des (lectrices) et je glissais à travers les (pages) comme un fantôme. »

Que dire de cette relecture délicieuse si ce n’est le plaisir de retrouver tout à la même place : l’affreuse snob de Mrs Van Hopper, fort judicieusement clouée au lit dans son angine, les premières promenades de la fébrile narratrice et de l’ombrageux Max, la naïveté maladroite de la jeune épousée qui croit marcher sur les bonheurs intouchables d’une première union idyllique, et se leurre dans les filets du silence. Le petit ange de porcelaine se casse toujours à la même page, le R de Rebecca se dresse toujours comme une griffe pour hanter l’amour éperdu de la narratrice, le vieux chien dresse toujours l’oreille à l’écoute d’un pas qui ne vient plus, le brouillard tombe toujours sur la baie, d’où surgit, encore une fois, la cabane des plaisirs de la morte, et un naufrage, toujours, fait remonter le cadavre de celle qui fut l’infâme ensorceleuse …

Quel plaisir de retrouver là, l’affreuse madame Danvers, toujours aussi perverse, elle aussi, malgré le temps qui a passé depuis que je ne l’avais revue, silhouette noire qui savoure sa vengeance dans l’ombre du grand escalier, jubilant de voir sa trop docile proie descendre en robe blanche vers les regards horrifiés des invités du bal. 

Le cousin maître-chanteur est toujours là, lui aussi. Il n’a pas pris une ride et campe toujours ses fesses dans le canapé du petit salon, croyant tenir en même temps que son verre de whisky, Max, dans sa main. Et se déroule alors le canevas des peurs et des soulagements attendus.

Tout est là, immuable. Le charme se déroule jusqu’aux dernières phrases aussi pleines que les premières de ce goût nostalgique et sucré de ces phrases si souvent lues et relues : « Il n’y avait pas de lune. Le ciel au-dessus de nos têtes était d’un noir d’encre. mais le ciel à l’horizon n’était pas noir du tout. Il était éclaboussé de pourpre, comme tâché de sang. Et des cendres volaient à notre rencontre avec le vent salé de la mer. »

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