Prince d’orchestre, Metin Arditi

Quand j’ai dressé la liste des livres qui avaient pris leur place dans ma valise de vacances, ( et paf, un titre tapé, et paf de l’autre main dans le sac) je n’ai pas mentionné, ni celui qui restait à finir, ni celui prévu pour le voyage au cas où j’aurais eu un trou …  je me suis dit qu’ils ne comptaient pas vraiment, vu qu’ils n’étaient pas dans la valise. Celui à finir était donc Prince d’Orchestre d’un auteur que j’aime bien en général, découvert avec « Loin des bras« .

« Le turquetto » mettait en scène un peintre, et celui-ci retrace aussi le destin d’un artiste, un chef d’orchestre surdoué que l’on cueille au début du roman, au sommet de sa gloire. Il se distingue aussi par son égocentrisme insupportable, d’un égo tellement surdimensionné, que là aussi, il dépasse tous les autres chefs. Méprisant, imbu de lui-même, Alexis Kandilis croule sous les applaudissements généreux et extasiés qu’il parfaitement orchestrer, provoquer et manipuler à son seul avantage. De musique, point n’est-il question, juste de ce magistral savoir faire qui l’a hissé au pinacle. Porté par sa seule ambition, celle de sa mère et la vanité de sa femme, Charlotte, tout autre sentiment lui semble étranger et sa principale préoccupation est d’être choisi pour diriger le projet musical qui le consacrera définitivement au sommet devant tous les autres, l’intégrale de Beethoven, enregistrée en public. Ce qui semble quasiment acquis, selon ses agents. Une biographie est en cours, reste juste à choisir les photos qui lècheront l’image glorieuse du petit garçon doué dont le destin est l’exceptionnel,  et les rôles sont distribués.

Seulement voilà, un premier faux pas, une humiliation de trop envers un musicien lors d’une répétition, en engendre un autre, puis un autre et un autre, le maestro démasqué met en place lui-même l’engrenage de la chute annoncée. Alexis se torpille, hanté par la certitude de sa valeur unique, il n’orchestre plus que sa décadence publique, se mettant à dos les médias et aveugle à toutes les mains tendues. Insupportable Icare, jamais on ne le plaint, on lui mettrait même la tête un peu plus sous l’eau, et on peine même à croire qu’il puisse mériter la générosité de ses sauveurs successifs : Sacha, le flutiste fidèle, Menahem, le sage au fils suspendu, Tatiana et Pavlina, les deux amantes masochistes. Ils croient tous, comme lui-même, à son talent, mais c’est comme homme qu’Alexis échoue, à chaque fois plus sûr de ses délires paranoïaques.

 

La fin est donnée dès les premières lignes, ce qui fait que le récit, bien rythmé en chapitres courts, découpé au cordeau de trois parties efficaces et sans concession pour le personnage voulu malveillant, ne tient pas tant dans la question du pourquoi, mais du comment. Et finalement, j’attendais un peu plus de pourquoi. Et même si au bout d’un moment, j’ai fini par comprendre que ce roman était une sorte de croisement entre « Loin des bras » et « La fille des Louganis », cela ne m’a pas vraiment aidé ( impossible de me souvenir de ce qui a bien pu lui arriver au Alexis avec Lenny à l’institut Alderson, celui de « Loin des bras », et quelle douleur ravive chez le personnage principal, « Les chants des enfants morts », par exemple et comme Lenny doit se taire pour sauvegarder le maestro et qu’il se tait … Bien marrie, je fus, car non, je n’ai pas ma bibliothèque dans la voiture …), trop peu de clefs sont données, et la fin est tombée à plat, un peu trop à la fois incongrue et attendue. Il faut dire que maintenir le lecteur en haleine sur la destinée d’un ambitieux ainsi peu attachant est une sorte de gageure. Même Rastignac, dès fois, il semble avoir des délicatesses de l’âme.

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