D’un extrême l’autre, Hakan Günday

Les faits commençaient à devenir non pas que sordides, mais sonnaient bizarre, de coïncidences improbables en coïncidences invraisemblables, la construction de l’histoire me laissait de plus en plus dubitative … pour le moins dire ….Enfin, de coïncidences improbables en coïncidences invraisemblables, j’ai fini par me rendre à l’évidence, ce n’est pas un roman réaliste, mais c’est un texte engagé, engagé contre, résolument contre, en Turquie ou ailleurs, cela finit par ne plus avoir vraiment d’importance, il faut juste accepter de se laisser emporter par les trajets de deux ogives lancées par la misère dans le gouffre de la vie.

Il y a donc deux histoires, racontées l’une après l’autre, mais en réalité,  elles s’emboitent avec des agrafes (au départ, on ne voit pas les coutures). Le seul lien qui est donné directement est un échange de regard entre deux enfants de onze ans, les deux en mauvaise posture, au-dessus d’une tombe, dans un cimetière d’Istambul, une tombe d’un fanatique islamique, un cimetière de seconde zone.

Le premier regard est celui de Derdâ. La petite fille était pensionnaire dans un internat au fin fond de la Turquie, quand sa mère est venue la chercher. Ce jour-là, une autre petite fille était morte, tombée du lit à étages, en voulant fuir un insecte imaginaire, et une institutrice avait voulu se suicider. La mère de Derdâ lui a promis qu’elle reviendrait s’instruire, une semaine plus tard. La petite fille la croit et prend son cahier de maths pour finir ses exercices. En réalité, la mère compte vendre sa fille, lui arranger un mariage, pour pouvoir s’acheter un lopin de terre et deux ou trois vaches. Ce qui est fait, par l’intermédiaire d’un réseau de fanatiques religieux mafieux. Derdâ tombe dans les pattes d’un forcené, expédiée à Londres  où il a ses affaires, elle est enfermée, frappée, violée. La suite, est que ce sort fait d’elle une bouilloire de colère sadique.

Au fur et à mesure, on se dit que c’est un peu trop quand même mais c’est là que commence la mise en place des agrafes ( en fait, elles sont déjà en place avant, mais on ne les voit qu’après …)

Le second regard (la deuxième histoire) est celle de Derda, pas mieux loti par la vie. Sa mère se meurt dans une cahute adossée au mur du cimetière ( la maison coutait ainsi moins chère, seulement trois murs à bâtir), solitaire, le père est en prison pour avoir assassiné son complice de rapines. Il gagne trois sous en proposant ses services aux visiteurs, il nettoie les tombes. Et puis, la mère meurt, et le cimetière  devient une sorte de domicile fixe ….

Et là, évidemment, vous vous dites, là, ça commence à faire beaucoup ( et encore, je passe l’essentiel), même Zola n’aurait pas osé … Sauf que Hankan Günday n’est pas Zola, ou alors un Zola qui aurait fait exploser tout déterminisme social à coups de bazookas armant une bande de paumés sado maso. Son arme à cet écrivain turc est la rage des mots dont il arme ses deux personnages, et la construction du roman est à retardement. Dérangeant, jusqu’au boutiste, sans concession, assez fascinant en fin de compte.

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