Césaré, Fuyumi Soryo

 En plus, lire à l’envers,le temps que je me sorte de ma tentative liseuse et que je retrouve mes vraies lunettes, je la voyais pas percutante l’expérience. Mais, trop tentée par C. de Jardin buissonnier, je me suis lancée. Et le problème, est que je ne peux plus m’arrêter ( au point que j’ai souscris à une carte de bibliothèque, vu que fiston et fifille ont refusé de continuer à me laisser de la place sur les leurs, les ingrats….) Du coup, maintenant, j’ai les mains qui tremblotent et la sueur au front dès que je m’approche de l’étagère des mangas, trop peur que la suite ait été empruntée, je vais finir par les planquer ailleurs, pour être sûre. Mais je sens que le bibliothécaire me guette du coin de l’œil torve de la répression de la lectrice fanatique ..)

Ce manga se situe dans le temps des Borgia, et il arrive à ressusciter l’architecture de la Renaissance, y flotte même un air de reconstitution historique à l’atmosphère fétide, fleurant bon le crime, les trahisons, les alliances contre nature, les complots en sous-mains et les rancunes tenaces. Et même si Césare y gagne les fameux grands yeux et la chevelure flamboyante en gros plans fixes, le genre Méduse du Caravage en noir et blanc, on est loin du pays de « Oui-Oui ».

Le Césaré est encore bien jeune, un tant soit peu idéaliste, voire révolté lucide face aux accointances du siècle entre la religion et la politique, cultivé à l’excès, débatteur en diable et étudiant intermittent à l’université de Pise.

Dans cette université , il est le chef de la confrérie des espagnols, être le bâtard reconnu d’un cardinal n’étant pas plus choquant qu’une élection du pape contrôlée par des intérêts politiques. Il va y prendre sous son aile ( sombre, mystérieuse et d’autant plus attirante que sa chevelure en plan fixe est noire de jais), le jeune Angelo, blond, évidemment, lui, comme les blés de l’innocence. Angelo est le petit-fils d’un artisan de Florence, patronné par Lorenzo Médicis en personne, pour reconnaissance de son intelligence hors pair. Sauf que le blondinet, il est ignorant des usages en usage dans l’échelle du respect dû aux grands. C’est ainsi qu’il ignore les marques de la politesse envers le leader obligatoire des étudiants florentins, le fils de Lorenzo, Giovanni Médicis. Il accumule les entorses à l’étiquette et son franc parler naïf laisse bruire les futurs retentissements dans l’ombre des futurs super puissants de ce monde riche en intérêts divergents, et obscurs, surtout obscurs d’ailleurs pour l’instant … (bon, si vous avez lâché maintenant la lecture de cette note, sachez que dans la vie réelle, j’en suis au cinquième tome, et que donc, après, je ferai plus court, normalement …)

L’élection du nouveau pape se profile, le père de Césaré attend dans la semi pénombre, les pauvres grouillent à la porte de Pise, Savanarole rôde. En attendant les tomes suivants , je me laisse savourer cet étonnant voyage dans le temps et dévore des yeux la délicatesse d’un paysage toscan, des clairs-obscurs baroques aux détours du raffinement d’un dessin, la délicatesse d’une tapisserie ou d’un plafond à caisson, les rendus d’un sol pavé.

En plus, c’est en noir et blanc, c’est dire …

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