L’espoir cette tragédie, Shalom Auslander

 Quand elle vous flanque sous le nez, à six ans, l’album photo des atrocités de Buchenwald en même temps que l’abat jour de votre chambre à coucher, en affirmant que la garniture est tout ce qui reste de votre grand père ?  (que l’objet soit estampillé « Made in Taïwan » n’est qu’un subterfuge commercial qui ne gêne en rien le constat de la réalité cachée. Effectivement, un « Made in Buchenwald » serait du plus mauvais aloi, est bien obligé de concéder le pauvre narrateur, submergé d’un poids qui n’est pas le sien. )

Alors grandir, à l’aube de la quarantaine, c’est ce que Salomon Kruegel tente encore de faire, malmené malgré tout par le processus de culpabilisation qui est en quelque sorte, son seul moteur, avec aussi, l’espoir. Entre autre celui de trouver, avant sa mort (prochaine, vu les angoisses qu’il se trimbale) les bonnes dernières paroles à transmettre à son fils, Jonas, trois ans pour l’instant. Donc, Salomon passe une bonne partie de ses monologues intérieurs à ressasser les épitaphes d’hommes célèbres, dans l’espoir de ne pas les répéter, d’en trouver une pareille, une bien sentie sur l’humanité, la mort, voire la mort de l’humanité …

On le voit, l’espoir de Salomon d’atteindre un jour, un degré de névrose supportable, reste un horizon chimérique.  Pourtant, il a tenté la fuite, loin de sa mère, avec sa  femme, Bree et son fils, vu qu’à trois ans, celui-ci a déjà failli mourir d’un simple microbe et que pour un père qui marche à la culpabilité, un microbe, c’est un de trop qu’il ne peut supporter.

Ils ont donc acquis, loin de la mère, une veille ferme au prix modeste, à cause d’une histoire d’anciens propriétaires allemands et d’une puanteur énigmatique et persistante, une histoire de tuyaux bouchés, de ventilation qui couine…. Flanqué d’un emploi de vendeur émérite de recyclage écologique en tout genre, Salomon pense qu’il pouvoir s’en sortir,enfin. 

Sauf que ça couine aussi au grenier, un truc de souris qui gratte la tête de Salomon, à cause des fermes qui sont incendiées dans le coin depuis quelques temps, ce pourquoi, Salomon se lève ( premier chapitre) et tombe sur Anne Franck (deuxième chapitre). Une vieille Anne Franck, sale et caractérielle, rosse et tyrannique, qui ne compte pas sortir du grenier avant d’avoir terminé son dernier chef d’oeuvre …  Les choses se corsent encore quand la mère , déclarée mourante, rejoint ce qui aurait dû être un début de havre de paix et tente (entre autre) de transformer le jardin en espace funéraire pour légumes sous vide. Le maestrum va engloutir le héros, en un rythme qui le suffoque …

Dire que ce livre est drôle, c’est vrai, drôle, caustique, brillant, érudit, puis sombre et inquiétant, car il triture les méninges et pointe sous une façade de doux délire culotté, le piège de la sacralisation de la mémoire et celui du ressassement de la « catastrophe ».

Bien plus fort que l’écœurant (pour moi) « Il est de retour »  depuis, je me suis laissée tentée par « Mon holocauste » recommandé par Sandrine.

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