Lady oracle, Margaret Atwood

Joan est écrivaine, héroïne et écrivaine d’héroïnes, Joan est en fuite, planquée sous des serviettes de toilette au-dessus d’un champ d’artichauts italiens, avec des lunettes noires sur un balcon miteux, et la chaise en plastique qui la retient ne va pas tarder à se casser la figure. Joan est là de son plein gré, ou presque, parce que son plein gré, elle ne sait pas trop où elle l’a planqué. En bref, Joan est censée être morte, noyée dans un lac, au Canada.

Que fiche sur ce balcon bancal, cette belle femme à la rousse chevelure flamboyante digne d’un roman gothico-victorien dans l’ attitude éplorée d’une biche aux abois ? Ben voilà l’histoire d’une boule de mite qui se rêvait papillon-danseuse étoile … l’histoire d’une fuite dans des fuites, des fuites d’identité qui prennent l’eau de toutes part, l’eau de rose, avec des piquants, beaucoup de piquants, des histoires de labyrinthe qui dévorent les petites filles avec les longues dents des rêves ….

Première étape du long retour arrière qui donnera (peut-être) la solution … Le rêve de la maman de Joan était de tenir dans sa main de fer une petite fille selon son image : féminine, mince, surtout mince. Joan est ronde malgré elle, puis, elle deviendra obèse pour résister à la dictature du rêve de la mère. La mère est une figure obsédante, une harpie de l’apparence, celle qu’elle voudrait pour sa fille devrait se conformer à celle qu’elle crée dans les salons successifs, au fur et à mesure de l’ ascension sociale de son mari ( un absent en pantoufles marron). Les salons, elle les aime avec des housses en plastique sur les chaises. On suppose qu’elle rêverait d’en mettre un à sa fille … 

Par désamour, Joan se laisse déborder par les bourrelets, les larmes, les sales petites jeannettes qui lui jouent des sales tours de petites filles minces. Elle se love dans son poids comme dans une carapace, toujours poursuivie par son rêve de danser en tutu à paillettes. En réalité, ce n’est pas l’obésité le problème, mais le tutu …

En réalité, ce n’est pas un livre triste et grave, c’est un roman drôlement échevelée, comme l’héroïne, qui devenue papillon, ne sait pas quel papillon elle est et donc change de rôles, poursuivie par le fantôme de la grosse femme en tutu et le corps astral de sa mère. C’est une héroïne en papier émeri qui se déguise comme elle imagine les hommes, il y a les plats, les vrais, un surtout, dont elle fera son mari, et les faux, ceux de papier qu’elle invente dans les romans à l’eau de rose qu’elle écrit. En mélangeant, là encore, un peu les deux … comme elle se mélange avec les Charlottes de ses romans sentimentaux, belles, pauvres, vertueuses et pâles que traquent les  lords concupiscent mais subjugués par la beauté pure qui se refuse à lui.

Dans ses romans, Jane arrive à vivre, c’est dans la vraie vie qu’elle a du mal …. C’est ce qui explique le balcon, les serviettes de toilette et le champ d’artichauts….

Si vous avez un peu de mal à vous y retrouver, dans ma note, je veux dire, Margaret Atwood n’y est pour rien, son roman à elle n’est pas échevelé, mais drôle, très pince-sans rire, il m’a presque donné envie de me plonger dans un « Harlequin » (mais écrit par Margaret Atwood). Et puis, je compte sur Ingannmic pour être plus claire que moi…. Encore merci à elle, pour cette lecture commune et pour la découverte de cette auteur avec La servante écarlate.

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