La confrérie des moines volants, Metin Arditi

1937, ermite de chez ermite de son propre monastère, perdu de chez perdu au fond des bois, Nikodime mène une autre lutte, solitaire contre lui-même. Il expie fautes passées et envies honteuses de sexe et de femme dans la solitude fiévreuse de son esprit et il impose à son corps une discipline fervente qui alterne les marches épuisantes dans la neige et les bains prolongés jusqu’à l’engourdissement dans les eaux glacées du lac. Aucun répit et une tension permanente pour tuer tout autre désir que celui de la rédemption dans Dieu et l’oubli. Il dort déjà dans son propre cercueil.

Le massacre de ses frères et le saccage de son monastère vont le jeter avec deux survivants pas bien malins, jusqu’aux cabanons abandonnés d’un ancien camp de travail. D’autres moines vagabonds les rejoignent, dont un ancien acrobate de cirque et un spécialiste de la restauration d’icônes, venu une « Vierge à l’enfant » sous le bras. 

Et l’icône va enfin donner un sens à ce groupe minable de moines cachés. Car Nikodime est de plus en furieux, et sa croix de plus en plus lourde à porter au sommet de la colline boueuse. Désœuvrés, les moines se laissent aller, chantent des airs païens et acceptent les dons en nature alcoolisée des paysans voisins, contre un baptême, une bénédiction. Nikodime fixe alors les statuts : les moines vont se faire volants et voleurs, décrochant des églises encore debout autant d’ oeuvres d’art sacrées qu’ils le pourront et les cacheront, pour les sauver, en attendant un autre temps que celui des Bolcheviques.

L’autre temps vient par l’ouest et un autre personnage. Paris, les années 2000, le père de Mathias vient de mourir, brusquement, et brusquement aussi, Matthias, le découvre autre, entouré d’icônes sacrées et de mystères orthodoxes. Menuisier d’art, il lui a laissé en guise de dernier message de nombreux tiroirs secrets à ouvrir. Ce que Matthias n’a pas vraiment envie de faire, et c’est en traînant les pieds qu’il va se retrouver doté d’un étrange héritage, celui d’une mémoire dont il n’avait jamais soupçonné l’existence, enfouie sous la terre et les années d’oubli idéologique.

Un récit passionnant d’un bout à l’autre, jusqu’au point de jonction final et franchement faire des icônes des bombes politiques et sentimentales à retardement, est juste une géniale idée romanesque à souhait ! 

PS: je sais que celle que j’ai mise en illustration n’est pas la bonne, mais sur le site du musée de l’ermitage, je n’ai pas réussi non plus à trouver la vierge de tendresse avec un carreau abîmé. J’aurais bien aimé, parce que le carreau abimé, c’est qui fait tout, je crois.

 

 

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