Fuyez le guide, Yoram Leker

Pour une fois, chose rare chez moi, ce livre n’est pas un roman. Ce n’est pas non plus un essai, ni un livre d’art, mais une sorte d’exercice de style amusant et récréatif comme l’annonce le sous-titre « L’art en petits morceaux à l’usage des mauvais esprits » L’auteur a choisi de nous présenter dix sept tableaux de maîtres, de grands et de petits maîtres, fort peu connus pour la plupart, voire anecdotiques pour la grande histoire de l’art, et il  a réinventé une vie aux tableaux, ce qui au passage leur enlève de la poussière. Le principe, un peu systématique, est donc décliné en dix sept textes de style sans prétention mais aux clins d’oeil appuyés et érudits.

Les reproductions des tableaux, d’une qualité à souligner pour un livre de petit format et de prix modique, (bravo aux éditions « Les belles Lettres, donc) précédent leur loufoque et fantaisiste commentaire, pris en charge par un guide à la langue débridée … De ce musée d’histoires à (re)peindre, quelques extraits qui n’en donnent qu’une petite touche des connaissances à retenir de la visite. 

Ainsi, j’ai appris, au détour de la biographie de Andréa Cantini (héros oublié du tableau de Véronèse « Le retour du doge Andréa Cantini à Venise après la victoire des Vénitiens sur les Génois à Chioggia », ( au titre presque aussi long que le tableau est grand) que le dit Véronèse « avait horreur de l’eau au point de n’avoir pas laissé la moindre aquarelle« . Voilà qui explique ce mystère de l’histoire des arts … sans compter que contrairement à ce que tous les fins connaisseurs de Vélasquez  pensaient jusqu’ici,  que le tableau « Vieille femme faisant cuire des oeufs » représentant une vieille femme faisant cuire des oeufs, vont apprendre qu’en réalité, cette scène cache un sombre « thriller avant l’heure« , que le « Philosophe avec une gourde à la ceinture » de Luca Giordano doit se regarder comme un véritable brûlot politique et non comme un portrait un peu raté, que « La femme hydropique » de Gérard Dou n’est qu’un leurre, car « l’hydropisie ne touche que les poissons rouges, surtout si leur bocal est trop petit« , que David, en peignant « Erasistrate découvrant la maladie d’Antochius » a inventé la psychothérapie de groupe, avant gardisme dont on n’aurait jamais cru capable ce maître du néo classicisme … 

En un magistral argumentaire, on voit (enfin !) réhabilité le goitre disgracieux d’Angélique peint par Ingres et parfois moqué comme une maladresse du peintre, car, en effet, qui peut douter que le goitre hypothyroïdien gonfle quand on est « sur le point d’être engloutie par une orque enragée, sinon, violée par un extraterrestre encuirassé » ? pas moi, en tout cas, n’ayant aucune possibilité de vérifier par mes propres moyens, ne possédant pas de goitre et ne m’étant jamais retrouvée totalement nue, enchaînée à un rocher ….

De même, on pourra faire bon usage de l’adage suivant : « On ne guérit pas une bande d’asthéniques avec du Gogol« , qui clôt avec panache une analyse limpide des « Fatigués de la vie » de Ferdinand Hodler, limpide et sûrement définitive, en tout cas, pour moi….

Des petits morceaux à déguster, sans mauvais esprit aucun …

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