Mon holocauste, Tova Reich

Après l’excellent « L’espoir cette tragédie » qui secoue aussi une certaine vision de la transmission de la mémoire de la Shoah, et sur le conseil de Sandrine, je me suis lancée dans la lecture de ce roman iconoclaste. Lancée puis un peu agrippée, il faut bien le reconnaître …

Sur le ton de l’épopée burlesque, bienvenue dans la nouvelle campagne de promotion de la famille Messer, père et fils, spécialistes du marché du souvenir de l’ Holocauste. Maurice, le père, est un survivant, le fondateur de l’entreprise familiale, Holocaust Connections, Inc,. Hableur, calculateur, sincère dans ses mensonges, truculent dans ses faux souvenirs de résistant, il met toute son énergie dans l’expansion de sa marque. Son fils, Norman, spécialiste autoproclamé du traumatisme de la seconde génération, le suit comme il le peut dans son nouveau projet grandiose : la construction du Musée de l’Holocauste de Washington. Et pour cela, il faut des fonds, beaucoup de fonds, et donc des donateurs pour édifier, dans le musée, le plus grand mur des donateurs possible.

Pour la bonne cause, Maurice a peu de scrupules, très peu. Il veut des cheveux pour ses futures vitrines, un wagon à bestiaux, des boites de zyklon B à exposer, et pour cela, il ferme les yeux sur les agissements illicites d’un de ses complices, un rabbin plus proche du mafieux que de la doctrine hébraïque.  Il a organisé une visite privée du camp d’Auschwitz-Birkenau pour la richissime Gloria et sa fille, Bunny. Une entreprise de drague, soutenue par la mise en scène des morts et poursuivie dans les suites d’un grand hôtel de Cracovie. En exclusivité pour la future donatrice,  les chambres à gaz, la cérémonie de l’incantation aux morts, le grand jeu des bons sentiments, pour Maurice, c’est son affaire.

De son côté, Norman tente de rendre visite à sa fille, la troisième génération, qui a, après avoir suivi les traces familiales, renoncé à n’être que d’un holocauste pour les embrasser tous en même temps en devenant nonne, sur les lieux mêmes de l’extermination, dans le couvent catholique établi tout près du camp. Sur le chemin de son Golgotha, il croise une faune qui grouille sur le camp et ses abords, commerce de reliques, commerce mystique … Bonze de la réincarnation, incantateurs de la rédemption, profiteurs de la mémoire de toutes obédiences, tout ce petit monde est passé à la moulinette de l’absurde en une farandole débridée qui finira en apocalypse délirante.

Aucune concession dans ce livre, dont le propos n’est pas la Shoah, mais sa « récupération » religieuse ou idéologique qui finit, en utilisant dans tous les sens la mémoire de l’horreur, par la vider de son sens unique, non comparable, non assimilable, justement, à rien d’autre. Sinon, la mémoire est ouverte à tous les génocides, et se lisse.

Le récit ne met pas à mal le sanctuaire, mais ce qui en est fait, notamment par l’administration (polonaise …) du camp qui fait la part  belle à l’assassinat des résistants polonais et oublie les silences assourdissants qui résonnent dans les baraques détruites de Birkenau. Le bois, c’est plus fragile que les briques …

Beaucoup de scènes qui dérangent, que l’on aimerait pas voir exister, notamment celles du lac des cendres, où le dimanche, les voisins ordinaires du lieu viennent cueillir des champignons, parce qu’ils poussent là mieux qu’ailleurs … Et pourtant, ce n’est que vrai.

Ce n’est donc pas le propos qui a fini par mettre à mal mon endurance de lectrice, mais son traitement, par trop loufoque et burlesque pour moi, il y a du Cohen, là dedans, de celui des « Valeureux » et de « Mangeclou », de l’écriture caustique, du personnage à la page, comme on tire à la ligne. Seulement voilà, j’ai plutôt une faiblesse marquée pour « Le livre de ma mère », et ses failles. Un trop plein d’invraisemblable dans l’histoire, un tourbillon clownesque qui a estompé pour moi, la justesse de certaines pages. Comme le dit Sandrine, « L’accumulation nuit à l’ensemble », il n’en reste pas moins que ….

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