Un membre permanent de la famille, Russel Banks

Me voilà donc à retourner le volume en tous sens, cherchant l’unité, les points communs … Allez (je compte sur Ingannmic pour me rectifier ou nuancer ou analyser clairement, elle fait cela très bien), je dirai « solitude » et « couple » : solitude en couple, en ex-couple, voire sans couple du tout, les personnages ont le palpitant qui flanche, même les chiens, donc, sont vieux ou morts. Ce recueil déborde de coeurs qui lâchent, ou de coeurs lâches. Pas gai ? Non, pas gai du tout. Du fond de mon plaid, j’en avais les pieds refroidis. (heureusement, j’ai aussi une bouillotte … Le problème est que c’est fiston qui l’a confectionnée à base de pois chiches, il faut la mettre dans le micro onde pour le faire chauffer. Cela fonctionne très bien mais il faut aimer l’odeur des pois chiches …)

Ces nouvelles de Russel Banks sont donc à vous flanquer un cafard prégnant. Elles sont très belles, ciselées comme on aime dans le quotidien un peu décalé de coeurs solitaires, mais tristes à pleurer. Ancrées dans le réel des USA actuels, on va de Miami, mais celui de l’envers du décor, ici les palmiers ne bruissent que sur le désert des parkings ou sur le fond d’écran du balcon d’un immeuble sans vue sur mer, à des villages paumés dans la neige. 

Dès la première nouvelle, on se dissout dans le basculement d’un retraité, ex-marine, qui ne veut pas finir en ex-père, et qui, voulant conserver sa dignité, va passer de l’autre côté de la légalité. Dans la suivante, un divorce plus tard, une bulle paternelle éclate. deux divorces encore plus tard, un vieux couple erre dans un camping-car, coeurs à la dérive, dans une autre un coeur qui s’arrête sur un court de tennis, et la veuve perd l’urne funéraire (« Oiseaux des neiges ») … Un coeur de jeune homme bat dans le corps d’un homme sans joie (« Transplantation », et même les blagues des perroquets battent sérieusement de l’aile (« Le perroquet invisible »)… parfois, on passe si près du drame, que même si il n’a pas lieu, c’est comme si le monde avait arrêté de tourner un moment pour nous suspendre dans ce bord si mince qui vacille ( « Fête de Noël »).

Tous les personnages, branlants et si ordinaires, infra-ordinaires, sont extrêmement troublants, portant le poids d’une écriture qui ne leur concède rien et les renvoient à la vacuité de leur choix (« Perdu, retrouvé », qui est sans doute la nouvelle qui m’a le plus touchée) ou de leur quête ( « A la recherche de Véronica »)

Des personnages pris dans des riens, des moments écrits comme Hopper peint, avec du sombre qui envahit les lumières restées allumées, où le soleil tranche comme une arrête de glace. A lire, mais du bord des larmes….

A découvrir, la note d’Ingannmic.

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