Le rapport de Brodeck, Manu Larcenet, P. Claudel

Là, tout de suite maintenant, tant de noir à la fois, je ne sais pas, je recule. Mais comme je suis entourée de bonnes âmes, dès le lendemain : « Tiens, il vient de sortir, j’ai pensé à toi, je te le passe … ». Non seulement les âmes sont bonnes mais en plus, elle me connaissent bien. Donc, je prends, je pose (parce qu’il est lourd) et je tourne les pages. Assez vite d’ailleurs, car il y a peu de texte en fait. Et beaucoup de noir.

Il faut le dire, c’est un bel objet, un très bel objet, même, une bande dessinée d’un format inhabituel (à l’italienne, je crois) enfermé dans un carton protecteur très sobre, élégant, raffiné. Ce qui va ni avec le propos, ni avec le dessin. Mais bon, c’est un bel objet quand même.

Larcenet, peu être « Blast » ou « Retour à la terre », là c’est celui de « Blast », en noir donc, un noir très traits d’encre de chine, précis et brouillon à la fois, anguleux, d’un noir sans nuance de gris, un noir plaqué comme des traces cruelles qui clouent les personnages sur la page, les arbres aussi, les maisons, et quand c’est blanc, c’est, en général, de la neige. 

Le village, les habitants, les cochons, les renards, le camp, le marché, Brodeck, l’Anderer, son cheval, sa mule, tout y est. L’atmosphère est étouffante, un huis-clos laid, sale, crasseux, poissant. Pendent dans une vignette des lapins sans tête, dans une autre, des poules écorchées. C’est bien le roman de Claudel, celui de ces âmes noires et lâches, celui de cette oppression, celui de cette haine de l’autre, mais où le dessinateur a fait le choix d’enlever la grâce des petites lumières, Emelia, Poupchette, la respiration de la tendresse qui fait de Brodeck, l’épaisseur de l’être faillible, mais humain, du roman.

C’est beau, c’est du très bon, de l’excellent même, mais moi, il m’a manqué des pauses, des respirations, dans le tendu de l’histoire.

Et puis, sûrement que j’aime trop le roman, que je le connais trop aussi, alors, je cherchais telle scène, telle image, l’Anderer, je ne le voyais comme cela, pas sur le même plan que les autres, à la fois plus solaire et plus lunaire.

Bref, je n’ai pas lu du Larcenet, mais du Larcenet adaptant Brodeck, ce n’est pas la bonne posture pour apprécier cette oeuvre car c’est une non-lecture de Larcenet, je suis passée à côté.

 

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