Les arpenteurs, Kim Zupan

Les arpenteurs ne sont pas des cow-boys, ni des vachers, ni proches des figures mythiques de l’ouest américain des westerns classiques, d’ailleurs, on n’est presque pas dans l’ouest, puisque l’on est dans le Montana, ce qui n’a d’ailleurs presque pas d’importance, sauf pour le côté grands espaces et trou du cul du monde en même temps. 

Les arpenteurs sont deux, et en plus, ils n’arpentent pas grands chemins, à vrai dire. Le titre en anglais est « The Ploughmen », ce qui, selon ma traduction toute personnelle donnerait quelque chose comme « des laboureurs nostalgiques qui traînent des charrues imaginaires et des grosses névroses » ou  » des mecs qui remuent la terre de champs où pas grand chose ne pousse, mis à part des crimes et des fantômes, mais dont la poussière colle aux godasses et à l’âme ». Pour moi, c’est plus juste, mais évidemment, je comprends l’éditeur, cela fait un peu long.

Le plus vieux des arpenteurs est un tueur sans remords, il a commencé très jeune dans la carrière, presque par hasard ( un histoire de chien qui japait un peu fort …), et continue le job depuis des décennies, sans jamais se faire vraiment prendre, puisqu’il a une technique imparable, il disperse les morceaux de cadavres dans la nature pour empêcher toute identification. Son seul mobile est le vol. Il peut rester des heures sur le pas de la porte de sa ferme, et puis se lever et partir au boulot, laissant sa femme, Francie, comme seul point d’ancrage derrière lui. Ses grandes mains sont expertes à démembrer et à creuser des fosses, même si il l’aime, sa Francie … Sur son dernier coup, il a laissé un partenaire vivant, ce va causer sa chute.

Dans le couloir où il attend son procès, arpente le jeune Valentine Millimaki, adjoint au coeur presque tendre, et un peu en vrac, à cause du manque de sommeil, le nouveau rythme de ses nuits de garde est en train de lui coûter sa femme, son point d’ancrage à lui aussi, sauf qu’elle en a vraiment assez de s’ancrer dans une ferme où la porte laisse passer les chacals, sans compter les courants d’air. Valentine est un homme de fantômes, celui de sa mère, celle de la ferme de son enfance, ceux des disparus dont il retrouve les cadavres, toujours trop tard, dans les montagnes où les hommes se perdent, s’enfuient, s’effacent …

Face à face, l’un enfermé, l’autre presque libre, le salaud livre des brides de sa mémoire meurtrière au candide, qui semble devenir une proie, qui flotte … Une pomme, une femme, une ferme, trois points communs de trop avec le tueur et ce n’est pas sans faire frissonner sa lectrice, qui reste attachée aux pages, tremblante comme un agneau survolée par les cercles concentriques d’un faucon au sang froid.

Oui, c’est un livre qui vous accroche, qui vous râpe dur et vous empoussière. De superbes pages, où la cadence des mots vous vrille une lectrice en plein vol de nature writing au-dessus du cul de basse fosse des âmes, et pourtant … il y a du vide autour des personnages, je veux dire qu’ils ne sont pas vraiment plantés quelque part, l’itinéraire de chacun est elliptique et m’a laissée (un peu) au bord du champ final. Quelques points de suspension dans le récit, une impression de collage de deux histoires, (un peu) artificiel. Mais ce n’est qu’un bémol d’après lecture. Un petit bémol après une lecture que j’ai dévorée, c’est (un peu) injuste …. 

 

Une première lecture commune avec Philisinne Cave , en attendant les suivantes … 

 

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