N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, Paola Pigani

L’auteure s’inspire de faits véridiques concernant l’internement de familles tziganes dans le camps des Alliers, près d’Angoulême, de 1940 à 1946. Ils vont être raflés dans les campagnes alentour par les gendarmes français sur ordre des autorités d’occupation, et parqués, privés de leurs droits, entre les murs d’un camp de plus en plus insalubre, pendant six années. Sans leurs roulottes, sans leurs chevaux, sans leurs voyage, la communauté des manouches va tenter de survivre sans y perdre trop son âme.

A travers un personnage féminin, Alba, et sa famille, l’auteure retrace ce qui est quand même bien proche d’un calvaire oublié : la souffrance de ces gens déracinés du vent, de la terre, des herbes et des plantes qui faisaient leur grand chemin.

Certains tenteront de s’évader, mais rapidement repris, la plupart vont tomber dans une sorte de résignation apathique et impuissante dans ce huis clos, entre temps suspendu et temps contraint pour ces hommes, femmes et enfants dont le mode de vie et et les valeurs sont niées, en même temps que ne leur sont pas donnés les moyens de manger, se laver, se vêtir. Le camp est une prison  mais pas seulement, il se veut aussi  » un camp d’éducation où tout le monde doit oublier son mode de vie antérieur et apprendre les joies de la sédentarisation »… Vu les joies proposées, on comprend que la sédentarisation ait été fuie comme la pire des catastrophes. Alba se cogne aux murs de l’ennui, de la honte, du mépris et de l’oubli, et grandir là, d’enfant, devenir jeune femme amoureuse, avec beaucoup de pertes et de rêves, aussi …

Un sujet passionnant et une écriture sensible, tremblée de poésie, d’images de la vie d’avant, le théâtre ambulant et branlant du père, les ombres des campements quand frôle la nuit, la chaleur des feux de broussailles ramassées aux coins des bois, la liberté, l’identité sans carnet de famille ni recensement ….

Sauf que, à parfaitement épouser la cause des victimes (cause légitime, mon propos n’est pas dans la contestation de cette évidence), le récit devient lisse. Alba, personnage central qui porte si bien son nom, et qui jamais ne faute et jamais ne trébuche, fière et droite alors que les conditions de l’internement se font de plus en plus ignobles et ravagent corps et déterminations, et bien Alba, je n’y ai pas cru. Je n’aime pas que l’on me dise trop clairement où mettre tous mes bons sentiments du même coté, c’est mon côté lectrice rebelle. 

Le choix de la forme, un témoignage unique, rend le récit partiel et donc partial, même si la partialité est du bon côté, l’aspect historique est quand même gommé. Peut-être était-ce nécessaire pour refaire surgir ces fantômes d’une mémoire collective oublieuse ? Peut-être ….

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