Le coeur qui tourne, Donald Ryan

Les premiers contacts avec ce titre furent rudes. J’ai d’abord retourné le volume pour lire le quatrième, ce que je n’avais pas fait devant le monsieur de chez Albin Michel qui était derrière le stand de cette maison d’édition lors du festival Étonnants Voyageurs et qui me disait le plus grand bien de ce livre en m’en racontant plus ou l’histoire, ce qui fait que je ne l’écoutais pas vraiment. J’avais retenu « Irlande, noir, misère », et c’est tout.

Et là sur le quatrième, je retrouve les mêmes mots, ce qui est déjà pas mal, mais aussi une info qui me fait me dresser les poils des bras « 21 narrateurs »…. Ce n’est plus un roman choral, c’est une fanfare, ça va faire cacophonie dans ta caboche ma pauvre Athalie, tu vas larsener à fond, soupirs … et le final du futur casse tête, on m’annonce un roman qui serait à la hauteur de « Tandis que j’agonise », et là, je rends  l’âme avec la tête qui explose d’avance. Faulkner, je peux pas, comprends rien, y’a trop de mots, ça me saoule et me plombe. Malgré tout, je ne fuis pas ma responsabilité d’acheteuse compulsive de bouquins, et je me lance. 

Monsieur de chez Albin Michel, juste un mot, vous aviez raison, il est drôlement bien ce livre. Monsieur de chez Albin Michel qui rédige les quatrième, il faut changer de boulot. Si vous voulez, je le fais à votre place, je ne sais pas si je serais meilleure, mais en tout cas, je laisserais tomber Faulkner, c’est pas vendeur, et c’est faire que le livre veut se la péter intello, ce qui n’est pas juste. Pour corser le quatrième, vous auriez pu ajouter bien d’autres choses, en somme. Par exemple, que sur les 21 narrateurs, il y en a qui est mort … et tous les autres qui sont plombés. Le héros est plombé, le pays est plombé, l’amour pas mieux et l’horizon pareil. D’ailleurs, y’a pas d’horizon, comme ça, c’est-y pas mieux ?

Quelques autres pistes pour donner envie de lire « Le coeur qui tourne » :

  • Un village dans une Irlande en pleine banqueroute, après le boom économique artificiel qui laisse la panade et la mélasse derrière lui,
  • L’entreprise de BTP qui construisait des logements à tour de bras pour futurs endettés a cessé son activité, le patron vérolé a mis la clef sur la porte et s’est envolé avec la caisse vers d’autres cieux,
  • Les hommes qui construisaient les lotissements se retrouvent devant la porte fermée, sans chômage, et sans futurs emplois vus qu’ils avaient les derniers.
  • Les pères sont de vrais salauds depuis un paquet de temps. Les mères n’y peuvent rien, quand elles tiennent encore debout.
  • Bobby est un super mec, il aime une super femme. Il est super beau, il a l’étoffe d’un super héros, tous l’admire. Sauf qu’il n’en sait rien, il se prend pour un gros nul. Son rêve, c’est de tuer son père. Et on le comprend.
  • Les lotissements sont vides, contrefaits, et quand Bobby tente de sauver quelques espoirs, ben, il n’aurait pas dû.
  • Les pubs sont remplis d’hommes désœuvrés, marqués par l’atavisme local, bornés, queutards et à courte vue, quand le poids de la déveine ne les a pas  rendu tarés, débiles, racistes, violents et profondément désespérés. 

Bobby est le cœur autour duquel tournent les récits de ces 21 narrateurs, le lien entre ces personnages qui, tour à tour, prennent la parole pour raconter un bout de son histoire, ce qu’ils pensent en savoir, parfois, ce que les autres en disent aussi … Ils posent alors quelques petits bouts de la leur, des bouts racornis et coincés là, dans ce village qui porte la poisse. Des bras cassés, des humiliés, des meurtriers par omission, des impuissants.

Dans une autre langue que celle de l’auteur, cette humanité pourrait n’être que vile et terrible. Mais, au contraire, ce qui est terrible, c’est que tous sont un peu humains, touchant sous les couches de non-dits, des restes d’amours et d’humour …

Et un beau personnage se profile là, Bobby, un homme à terre qui à une allure de héros de statue de héros grec. Fallait le faire ….

 

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