Jours de juin, Julia Grass

Et c’est pour cela que je me suis retrouvée à deux heures du matin dans ma cuisine, au fond de la maison silencieuse et endormie, à me faire chauffer un thé et deux tartines de pain de mie beurre fondu marmelade de clémentine (c’est ce que j’avais de plus british sous la main, même si l’auteure est américaine, le livre donne envie de british). J’ai même réussi à ne pas tâcher les pages en continuant à les tourner.

De quoi il nous cause, ce livre ? Déjà, il est épais et dense, quand même un peu léger, par moments, suave et pas tendu, un peu foutraque vers la faim fin, en trois tartines parties, inégales en longueur voire en nécessité, (la troisième est heureusement la plus courte et la plus tirée par les cheveux, mais ce n’est pas très grave, elle ne gâche pas). On y cause donc, d’une famille, un papa, une maman, trois fils, dont deux jumeaux, leurs femmes aussi, et un peu les petits enfants. La narration est en raccourci et resserre autour de deux voix, le père, puis un des fils, puis une pièce rapportée. Peu de personnages, peu de lieux, presque pas de rebondissements, et pourtant, l’histoire se dévore.

Paul commence. C’est le père. Tout juste veuf de Maureen, la femme qu’il a toujours profondément aimée, il est parti en Grèce, en un voyage organisé en petit comité, non pas pour oublier l’amour perdu, mais juste pour qu’on ne lui en parle plus, car Paul est un taiseux, un homme de retenu. En une excursion à Délos, un escapade à dos d’âne à Myconos, il tombe sous les charmes des îles ventées et d’une jeune femme américaine, un peu artiste peintre, un peu volage, et surtout beaucoup trop jeune pour lui. Se mêle à cette lumière, les souvenirs d’avec Maureen, jeune femme atypique, forte, sûre d’elle et de lui, fondue d’élevage de chien à lignée. Entre la Grèce et l’Ecosse, le passé et ce qui pourrait être, tous les non-dits d’une vie se lisent dans les ellipses de paul.

La deuxième voix est celle du fils aîné, Fenno, exilé à New-York, libraire, homosexuel sage en ces temps de SIDA, il aime sa famille, de loin. Il s’y sent à part, quand il revient dans la grande maison familiale, à chaque fois pour une disparition, un deuil, un choix. Un jumeau trop généreux, un autre trop rigide, du moins c’est ce qu’il croit. Fenno se trompe, se leurre, se trompe d’obligations et d’amour. lui aussi est un taiseux. A New-York, il cloisonne aussi ses amours, entre Mal, un critique musical acerbe qui se meurt, et un coprs libre, celui de Tony, qui se dérobe, Fenno pourrait tomber amoureux d’un perroquet, s’il n’y prenait garde…. Un cœur puzzle qui fait bien attention à ne pas se dilater, jusqu’à ce que, bien évidemment, arrive le gong qui va le pousser un peu sur une autre route …

Julia Grass nous propose un univers qui sonne juste, où même l’extraordinaire a un goût de feutré, et de presque rien indispensable : un bouquet de pivoines au centre d’une table dressée pour un festin de deuil, une urne funéraire qui se cache en table dînette, des médailles militaires égarées au fond de vases poussiéreux, un réveil trop tardif, des conversations de mal-entendus, d’un portrait au fusain d’une mère anonyme avec autour du cou les bras d’un enfant endormi.

 

Un grand merci à Keisha pour la découverte de cette auteure !

Et une participation au pavé de l’été chez Brize

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