Millénium 4, Ce qui ne me tue pas, David Lagercrantz

 Aucune suite, ne pouvait selon moi, reproduire les mêmes effets d’addiction aux aventures spidées de la déjantée Lisbeth Salander et du sagace idéaliste Mickaël Blombkvist au cœur pas de pierre. Aventures pourtant écrites avec autant de subtilités qu’un lance flamme narratif.

La lecture du tome I m’avait valu quelques (peu) nuits d’insomnie hiératiques, me donnant une allure de zombie échevelée le lendemain matin où je croisais quelques collègues dans le même état que moi, vu qu’on lisait le même livre. Silence sur la suite oblige, nous nous adressions des « chuts » énamourés et anxieux de ne pas trop en dévoiler. Pas question que l’un d’entre nous ne fuite.

Le deuxième tome, me valut une sortie fébrile sous la pluie d’un soir d’hiver venteux, titubante vers la première librairie venue ( carte de fidélité ou pas) dans un état de manque éprouvant à voir. J’allais finir le premier, l’angoisse du vide m’avait fait sortir de ma couette de lecture avant que ne sonne la glas de la fermeture des commerces. J’étais arrivée à temps, trempée, mais à temps. Au retour, j’ai réintégré la couette, j’ai lu, j’ai vaincu.

Le troisième … je ne sais plus bien, une impression de foutraque pas fini, je crois. Mais toujours ce sentiment d’urgence, impossible à vaincre, par contre.

Et pourtant, donc, cette suite, je l’ai achetée, je l’ai lue, ou plutôt, je l’ai dévorée, presque aussi rapidement que les trois premiers tomes, parce que, et oui, tout y est tout comme il doit être. C’est toujours aussi mal écrit mais drôlement bien ficelé. Le nouvel auteur, en viager définitif, s’est coulé dans le moule et j’ai couru après Lisbeth. Toujours aussi mal embouchée et rancunière, elle a gardé son tee-shirt et ses tatouages, ses subtilités de langage qui réduisent le boulot de l’auteur à des interjections péremptoires pour les dialogues, et sa pointe de vitesse supersonique pour la partie récit. Surtout qu’ici, elle même court au secours d’un petit garçon aussi autiste que surdoué, qui se trouve être également le seul témoin d’une scène de crime. Elle ne s’essouffle jamais, Lisbeth, même trouée par quelques balles, même devant un ex-tueur à gage soviétique, elle balance le tibia genre Kill Bill pour la sauvegarde du presque orphelin.

Le père, Frauss Bolder a récupéré son fils de la garde de sa mère en perte d’image d’elle même, et de l’affreux beau-père qui se saoule avec la pension alimentaire, avant de se planquer découvrir son fils d’amour tendre, et cacher son secret informatique qui pourrait bien rendre le monde virtuel tout puissant. Geek en fuite de son entreprise, il se découvre à son tour traqué par une organisation imparable et obscure … Et là, ce n’est que le début ( en gros, les deux premiers chapitres), pendant que, en alternance, on découvre les activités de nos deux héros cultes qui restent fidèles à eux mêmes et à leur obsession. La pureté pour les deux, même si ce n’est pas la même, l’éradication des méchants, et c’est pour cela qu’on les aime.

Lisbeth fait sauter les verrous de la défense ultra sophistiquée de l’agence de renseignements made in USA, en artiste hackeuse qu’elle demeure for ever and for the devil, ce qui fait sauter en l’air quelles puces galeuses qui faisait leur beurre du crime …Une Milady du bien aux allures de punkette qui aurait revêtu son armure de guerrière (par contre, elle mange toujours n’importe quoi …).

Michaël est attaqué de toute part par ses confrères qui le prennent pour un « has been » et par un actionnaire jaloux de sa rigueur intellectuelle et notre héros  a bien besoin d’un nouveau scoop qui attaquerait le grand capital au scalpel.

Entre lui, l’incorruptible, et la hackeuse qui n’oublie jamais un coup donné, c’est le chat et la souris lancés à grande vitesse dans les méandres de l’internet souterrain, contre les injustices du mal … Sans compter que Camilla repointe son dard.

Bref, si David Lagercrantz n’invente pas  d’autres ficelles que celles mises en place par Larsson, il les utilise drôlement bien et franchement, j’ai jubilé en retrouvant les fondamentaux, sans compter qu’il ménage une porte de sortie vers une autre suite. Bon filon ne saurait se tarir ?

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