Qui touche à mon corps je le tue, Valentine Goby

« Qui touche à mon corps je le tue » croise l’histoire de trois personnages dont deux se retrouveront , à la fin, mais « croiser » et « retrouver » sont deux bien grands mots pour cette ultime rencontre. Comme personnages aussi, en fait, d’ailleurs, disons … silhouette de personnages ou « écorchés de personnages », comme les écorchés du Moyen Age regardent leur peau posée à côté d’eux, et c’est un peu le cas pour ces trois là.

Il y a Lucie L., « Lux » pour les intimes, c’est-à-dire elle même et sa mère, (sa mère de quand elle était petite). les autres n’ont pas le droit d’entrer. Lucie est en train d’avorter par ses propres moyens, elle attend que le corps étranger se détache d’elle. Son mari est au front, et au lieu de donner naissance à un futur soldat, ainsi que le voudrait l’idéologie alors dominante, elle se débarrasse de sa future maternité, pour elle impossible, sans remords et dans la plus grande solitude.

Il y a Maie G., faiseuse d’anges, elle attend son exécution dans la cellule où jamais la lumière ne s’éteint. Pétain a refusé sa grâce, forcément. (personnage inspiré de Marie Louise Giraud ?). Elle est devenue avorteuse, sans conviction féministe, elle a tenu la poire et le savon presque par hasard, pour rendre service et puis aussi pour « en » profiter un peu, pour toucher du doigt une vie plus soyeuse, de ses mains crevassées de blanchisseuse.

Enfin, il y a son bourreau, Henri D. (personnage inspiré de Jules Henri Desfourneaux, là, c’est certain, c’est marqué à la fin du livre). Lui, il connaît la date et l’heure de la mort de Marie. Dans une journée à peine, il va appuyer sur le bouton de la guillotine. Alors, son corps, il le travaille vers la déshumanisation pour pouvoir couper en deux un autre corps, sans rien ressentir, en s’oubliant et en oubliant l’enfant qu’il a été.

Les trois récits, et là encore récits est à nuancer car ils sont très impressionnistes, emplis de pointillés qui dessinent les contours des mêmes motifs ; la mère, l’enfant, l’oubli, la fusion et la déchirure, s’étendent d’une aube à l’autre, des récits en clair-obscur.

Après avoir beaucoup apprécié « Kinderzimmer« , avoir été un peu refroidie dans mon parcours découverte de l’auteure avec « Banquises« , me voilà encore plus circonspecte après la lecture de ce troisième titre, dont je me demande s’il ne sera pas le dernier … Non pas qu’il soit piètre, il est de bonne facture, mais les mots m’ont glissé dessus,comme la bruine sur un ciré. Même, je me suis surprise à me regarder le lire, tableau d’une lectrice accomplissant son devoir avec application. Je me suis forcée à lire tous les mots, alors que mes yeux étaient déjà au bas de la page, je les remontais d’un coup de lunettes. « Pas de triche, Athalie, pas de ça, tu reprends la phrase, non, tu ne l’as pas vraiment lue, plus haut, c’était juste un peu la même, c’est tout ..; »

Finalement, c’est surtout la singulière figure du bourreau qui m’a retenue. Dépressif, alcoolique, servile et quasi mutique, il exécuta la mort de quelques centaines de personnes en même temps que la sienne. Un personnage de l’ombre que j’aurais aimé voir davantage mis en lumière, justement, du coup. (Mais bon, j’ai bien compris que tel n’était pas le but de l’auteur, tant pis pour moi !)

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