Passé imparfait, Julian Fellowes

La vraie raison, la seule raison pour laquelle j’ai acheté ce livre, ce n’est qu’une petite phrase murmurée à mon oreille de lectrice par l’amie C. « L’auteur, c’est celui qui a écrit Dowton Abbey ». Je n’offre aucune résistance à une flagrance de cup of tea time sur fond de guimauve anglaise. C’est donc avec force salivage que j’ai mordu dans la porcelaine.

Le narrateur est un écrivain, qui se souvient de sa jeunesse … Il est issu de cette très bonne société londonnienne de la fin des années cinquante où les jeunes filles cherchaient un mari bien sous tout rapport en n’ayant pas vraiment le choix du panel. Il y avait les chevaux de course et les juments de trait. Dans cette saison de bals qui a tout du terrain de chasse, la narrateur avait introduit le chien de race dans le jeu de quille : Damian Baxter. Et Damian avait bouleversé les règles du jeu en cette dernière saison des sixties où le vent avait balancé les jupes des filles dans les buissons de la tentation du bel arriviste. Elles ont été cinq à avoir succombé aux charmes exotiques de Damian : Lucy, Joanna, Dagmar, Candida et Terry. Quant à Séréna, la sublime Séréna, c’est peut-être une autre histoire ….

Cette liste, le narrateur ne le découvre que quarante ans après cette ultime saison qui fila comme une jeunesse qui se passe et trouva sa conclusion en un mystérieux séjour au Portugal qui mit fin à toutes les illusions et à son amitié avec Damian.

En quarante ans, ils ne se sont jamais revus, ni même cotoyés. Le narrateur a rompu tous les liens d’avec son milieu aristocratique. Mais ces jeunes filles, devenues femmes mûres, il va pourtant devoir aller leur arracher un secret. Laquelle d’entre elles serait la mère de l’enfant caché de Damian ? Laquelle lui aurait écrit, vingt ans auparavant, pour lui révéler cette paternité, née d’une de ses liaisons sans lendemain dont la saison fut riche ? ( pour Damian, car le narrateur, lui, il était plutôt en fin de peloton). Quarante ans de silence dont vingt d’indifférence, et voilà le Damian qui resurgit de sa boite, riche en diable, et malade à en crever bientôt. Le narrateur dispose donc de peu de temps pour trouver l’héritier d’une fortune sans fond, confiée par son meilleur ennemi.

L’idée a le défaut de ses qualités. Le secret ne peut être révélé qu’à la fin, donc la gagnante du gros lot sera forcément la dernière rencontrée. Mais parce que l’auteur n’est pas complètement tartignole, ce n’est pas vraiment ça, pas tout à fait, on va dire … Chaque rencontre est par conséquent le prétexte à construire une galerie de portraits, un passage en revue de destinées disparates et parfois attachantes : Lucy, qui a foncé dans le succès people pour ensuite se rattacher à des morceaux du radeau, Dagmar qui a réalisé le rêve de sa mère pour à jamais s’en mordre les doigts, Joanna, qui s’est perdue dans une révolte anti conventions, Candida, restée égale à ses ambitions, Terry, une ogresse américaine parvenue à pas grand chose. Et Séréna, la seule à s’être sortie intacte de l’impact, est plus Downton Abbey que Lady Mary elle même.

Quelques longueurs font traîner la lecture de cette chasse aux souvenirs, le narrateur ne pouvant visiblement pas se passer d’un certain radotage social, et dès fois même, il se hausse du col de la morale bien pensante.

Faut bien des nuages de lait dans le thé à l’anglaise.

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