Le roi disait que j’étais diable, Clara Dupond-Monod

Rien que le titre me faisait de l’oeil ; le roi, le diable, le « je »,  « je » qui n’est rien de moins que celui d’Aliénor d’Aquitaine, ça sentait bon la chevauchée historique de bon aloi, une chevauchée, qui plus est, relativement courte, vu l’épaisseur du livre, et si chute en cours de route il devait y avoir, elle ne pourrait être bien rude.

Et si elle est effectivement courte, elle n’en est pas moins agréable, cette traversée des siècles, même si le pari narratif est quand même assez risqué puisque l’auteure va se fourrer dans la peau de Louis XVII, le roi moine, et alternativement, dans celle de sa femme, la flamboyante Aliénor. Entre le tiède et mou et la glace et le feu. Elle se glisse dans les interstices d’une histoire d’âmes royales et même sous les couvertures de leur lit et quasi dans l’eau du bain de la légendaire reine. C’est osé d’aller tirer du fond du silence de l’histoire des coeurs, le jeu d’amour d’un impossible dialogue … 

En effet, l’auteure ne tente pas une reconstitution fidèle, et peu nous en chaut, finalement, quand c’est bien dit. Elle pose une hypothèse et déroule son fil ; louis VII aurait aimé, et même aimé jusqu’à la folie, une Aliénor à jamais inaccessible pour lui. Le quiproquo amoureux commence dès la première rencontre, elle le voit faiblard, il voit sa faiblesse, l’orgueil de ses ancêtres. Il en fait un coup de foudre, elle l’enterre dans un silencieux et hautain mépris. Les dés sont pipés. Elle rêvait d’un prince guerrier, il rêvera de la conquérir, en tentant de le devenir, guerrier, quitte à en perdre la dignité de lui même, sa foi en son âme, et jusqu’à la haine de ce qu’elle le fera devenir.

 Le quiproquo est finement tissé autour d’une odeur de lavande. Le jour de la rencontre, la chambre de la future reine en était couverte, Louis en a déduit qu’elle en aimait l’odeur, et fera grande consommation de cette plante, sans jamais qu’elle ne pense à lui seulement lui dire qu’elle en a horreur. Il en couvrira sa chambre, au Louvre. Une vie de couple à la hauteur d’une incompréhension florale ….

De là part la relecture de quelques épisodes historiques sur ce fond de mariage mal accordé. Elle aime ses terres, le bruit du pouvoir, des épées, les cris de guerre, les luxes de l’Orient. Il devient jaloux des troubadours qui lui chante un amour qu’il ressent et ne peut peut vivre. Elle lui en ferme la porte en lui nouant quelque peu l’aiguillette. Il tente de lui plaire, jusqu’à l’épuisement de son indulgence à lui, pour sa violence à elle. 

Ce pourrait être un poème du grand père Guillaume, une chanson de geste mitigée roman de la rose, où le roi chanterait une complainte pour la belle Dame, qui du haut du donjon, ne verrait même pas son cœur saigner. 

Pendant ce temps Suger construit sa basilique, Clairveaux appelle à la croisade. Les affaires du royaume et de dieu requièrent un roi moral, ce dont Aliénor se contre fiche. Louis VII se retrouve  champion des forces du changement contre une Aliénor restée médiévale. Je ne sais pas si historiquement, l’hypothèse tient la route, mais en roman, cela donne une fable bien troussée.

 

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