Les adieux à la reine, Chantal Thomas

Dans une Vienne d’exilés, Agathe-Sidonie Laborde fête ses 65 ans, en 1810. Elle réside en Autriche depuis les débuts de la révolution française, en cette petite communauté vieillissante d’aristos qui ont connu leur heure de gloire sous l’ancien régime. Pour la narratrice, ce fut une toute petite heure de gloire , et en cette soirée languissante, elle revient sur ses souvenirs de sa petite fonction à la cour, elle y fut lectrice adjointe de la reine, la Marie Antoinette.

« Une toute petite fonction », précise-t-elle,  » rendue encore mince par le peu de goût de la reine pour la lecture ». Agathe Sidonie, petite souris grise invisible, a résidé onze ans à Versailles; dans « ce pays-ci », disait-on, dont on ne voyait pas qu’il était séparé de l’autre, le vrai, par le luxe, les caprices et la lenteur du temps était découpé en tranches de visites, essayages, bavardages et protocolaires attitudes. Elle passera donc onze ans à attendre, dans sa petite chambre jaune, loin des grandes affaires du monde, que la reine daigne avoir envie de lire. Ce fut pour elle quelques moments fugaces d’éblouissement pour cette femme qui la fascine, d’emblée, sans que l’on ne sache trop pourquoi d’ailleurs, car le portrait qui en est fait, s’il est admiratif, ne dépeint pas une Marie Antoinette brillant particulièrement par l’éclat de son savoir ou de son intelligence, ce serait même plutôt l’inverse … Futile, sentimentale, capricieuse, orgueilleuse, elle s’aime beaucoup, presque qu’autant qu’elle aime  Gabrielle Polignac, l’amie tant détestée hors du petit cercle de la cour.

Lorsque les derniers jours de la révolution commencent à se faire entendre au palais, c’est d’abord l’aveuglement politique qui domine. Ainsi, Marie Antoinette pense qu’un changement de  régime est impossible, car raisonne-t-elle, comment le peuple pourrait-il obéir à un roi qu’il n’aurait pas connu tout petit ? Soit, la vision est de courte vue, mais logique, dans la logique du personnage, en tout cas … Les scènes les plus réussies dans ce roman sont celles ou les courtisans commençant à comprendre qu’il va falloir arrêter de courtisaner, et sont secoués d’une panique qui les pousse à la fuite. Au moment de sauter vers un inconnu qui les foudroie, l’un presse dans ses bras une horloge incrustée de saphirs, l’autre abandonne dans un soupir le porte parapluie en porcelaine de Sèvres … Va falloir y aller avant que les murs ne s’effondreent, et c’est sauve qui peut sa peau !

Agathe Sidonie, rentrée par la petite porte, en sortira de même, un peu quand même frappée par une grâce indirecte et à jamais nostalgique de celle qui, jamais, ne lui jeta un vrai regard.

Le charme de ce roman, où l’on apprend guère d’éléments nouveaux ni sur le personnage de la reine, ni sur le politique qui se met en marche, est de rester dans les limites de ce regard d’une obscure à la cour, pas de fresque, ni de reconstitution, mais des à-côtés, un amoureux de la reine, un écrivaillon, quelques bruissements de robes et ces quelques premiers moments où la révolution pointe son nez pas poudré dans le luxueux poulailler des privilégiés …

A picoler en flânant ! Et à l’occasion, j’ai découvert ce blog ! je n’ai pas encore tout exploré, mais il y a des trucs qui me font rire …

 

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