La douce colombe est morte, Barbara Pym

Quelle insupportable héroïne que Léonora ! Assez à son aise financièrement pour vivre en célibataire endurcie, elle a le regard acerbe sur celle de ses amies qui cherche une âme sœur, là où elle a pu la trouver … La demoiselle, férue de l’ère victorienne, si délicate et si raffinée d’apparence, est bien digne de cette période guindée, rigide, corsetée, qui limitait les battements et les vibrations de l’âme aux délicats pétales des pivoines peintes sur des tasses de thé. Là, au moins, elles ne laissaient pas de saletés inconvenantes.

Agnès Varda dit : « Si on m’ouvrait, on trouverait des plages » ( ce qui n’a rien à voir,  mais je viens de revoir « Les plages d’Agnès », alors cette phrase me trotte dans la tête …). Et bien, si on ouvrait Léonora, on trouverait des tas de petites saletés mesquines, bien rangées, mais des tas de petites saletés quand même …

Pourtant, elle n’en n’a pas l’air lors de cette vente de livres rares, où un malaise, fort délicat, lui permet de faire la connaissance d’Humphrey Boyce, antiquaire de bonne figure, et de son neveu, James, de meilleure figure, car beaucoup jeune, plus naïf et plus accessible aux charmes de cette femme, un peu plus âgée, mais si proche de goûts délicats … Par ailleurs, Léonora est peu incline aux débordements physiques qui, sûrement, lui dérangeraient les dentelles.

Léonora va donc choisir James pour l’agripper dans sa toile d’araignée d’une parfaite courtoisie, un jeu d’amitié amoureuse dont sa solitude se serait bien faite un cocon égoïste pour ses vieux jours. Ces deux là se jouent leur comédie, lui, en jeune gandin effarouché par la modernité, elle, en Pygmalion intouchable, poudré et toiletté. Mais la jeunesse est fébrile, et imprévisible, parfois, elle s’échappe, par la fenêtre dérobée, des mains de celle qui voulait la garder pour préserver l’illusion de la sienne …

Je découvre avec ce titre une auteure appréciée de AifelleKeisha et Dominique, et je ne regrette pas d’avoir suivi leurs pas dans cet univers de coups de griffes feutrés, typiquement english, mais d’un english amer, très vintage, où comme le dit Dominique, « affleure un rien de cruauté », toujours très délicatement distillé dans un « cup of tea time ».

 

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