L’intérêt de l’enfant, Ian McEwan

Fiona Maye a presque soixante ans. Ce presque qui fait trembloter la plupart des femmes, l’indiffère. Magistrate spécialiste du droit des familles, on dit d’elle qu’elle est encore belle, mais froide, distante. Sauf quand elle chante. Dans son grand appartement chic et sans enfant, Fiona travaille.

Elle a un mari, un bel homme qui a bien vieilli à ses côtés, un brillant universitaire, un fin lettré, mais qui lui indique aussi, fort peu finement, qu’il commence à en avoir assez de leur grand lit froid et qu’il aurait bien se réchauffer ailleurs, se carapater avec une plus jeunette qui aurait davantage le goût de la gaudriole. Fiona, face au vide qui s’ouvre devant elle ne vacille point sur ses haut talons ni sur son piédestal, et c’est d’une main sûre qu’elle commence sa partie d’échec avec lui, tout en continuant à feuilleter le dossier en cours d’une main ferme.

L’affaire concerne un jeune homme de presque dix huit ans, et ce presque a lui aussi beaucoup d’importance. Il est atteint d’une leucémie, pour survivre il lui faut une transfusion en urgence. Ses parents s’y opposent et lui aussi. Commence la deuxième partie d’échec de Fiona.

Les parents d’Adam sont témoins de Jéhovah. Dans cette foi, ils ont trouvé la rédemption. Ils ont élevé leur fils dans ces certitudes et Adam est d’accord pour mourir. Son intérêt est d’être fidèle à ce en quoi il croit, et ses parents sont d’accord. A coup d’une plume sèche et quasi juridique, MCEwan expose le cas. Ce sont là gens de foi, d’une autre que celle de Fiona, qui décide alors de connaître Adam.

Et le jeune homme qu’elle découvre est loin d’être un fanatique obtus. Poète, violoncelliste, il est beau comme la jeunesse peut être belle. Mature, il ne plie ni ne rompt. Le roman vacille alors en un duo inattendu entre le musicien et la chanteuse, entre la loi et la foi. La magistrate y perdra quelque peu pied et aussi de vue une certaine forme de rigidité et de loyauté. Jusqu’au bout du roman, Adam sera son étrange faille ..

Deux parties d’échec et un remarquable roman sur la responsabilité, le choix et la culpabilité, sur ce qui échappe aussi, lorsque l’on se donne à suivre une seule ligne droite. Religion et justice ne sont ici que des prétextes à une expérience intime. En effet, l’écriture suit Fiona de près et ne lâche pas ses moindres tremblements. Elle a la musique, il avait la foi, deux élans en dehors de la raison. Et si Jack cherche son nouvel élan à lui du côté de la nouveauté, pour Fiona et Adam, le choix de la fidélité et finalement, de la sincérité, a des conséquences dérangeantes et glacées. 

On peut vaciller avec eux, car McEwan nous pose là sans sentiments cette simple question : et si à la fin de son histoire, on réalisait qu’on n’avait rien compris, qu’on avait jugé, décidé,  mais que l’on n’avait rien compris ? On fait quoi ? semblant d’avoir gagné ? On retourne dans un appartement froid comme un lit non nuptial ? Et on tourne la dernière page ?

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