Le ravissement des innocents, Taiye Selasi

 » Kweku meurt pieds nus un dimanche matin avant le lever du jour, ses pantoufles tels des chiens devant la porte de sa chambre », est la première phrase du roman. Kweku tombe d’un infarctus devant l’atrium de la nouvelle maison, celle qu’il a fait bâtir pour sa deuxième vie, son retour au Ghana.

Après, il l’a trouvée trop vide, il y a alors installé une nouvelle épouse, mais pas d’enfants. Il a repris sa carrière de chirurgien réputé, et puis, ce matin-là, tout s’arrête sans réponse et l’atrium est la dernière chose qu’il verra.

Une mort soudaine qui laisse ses deux vies inachevées, la première a cassé, la seconde n’a rien reconstruit. Entre les deux, il y a un trou et du silence, beaucoup de silences. Les enfants de la première vie de l’autre côté du monde se partagent le choc, le père est mort, et il va falloir se retrouver, retrouver la mère et partir ensemble enterrer Kweku au Ghana, se confronter à ce nouveau père, celui de la deuxième vie, sans avoir compris l’ancien.

La première vie de Kweku, pourtant, s’annonçait plutôt bien, tout semblait devoir réussir à ce jeune étudiant en médecine parti aux USA avec au bras, Fola, sa superbe épouse, et dans ses mains de chirurgien un avenir radieux. Est né Olu, en premier, dont le prénom annonçait le bonheur, puis les jumeaux, puis Sadie, en entier, « Folasade », « la richesse me couronne ». Entre les deux prénoms, cependant, l’avenir radieux a pris un coup dans l’aile, l’exil a marqué les parents. Se transmet aux enfants leurs silences et leurs deuils, jusqu’au plus assourdissant, le départ sans un mot de Kweku pour un retour solitaire dans un pays dont ils ne connaissent rien.

Le livre retrace leur parcours depuis l’annonce de la mort subite du père, l’onde de choc, pour remonter le temps, celui qui fut celui de l’admiration, du doute, du rejet, le temps de la défection de la mère, Fola, le temps du ressentiment et des failles, puis, peut-être, celui du presque pardon, ou du moins, celui de la connaissance, celle de ses origines, c’est déjà ça. Chacun des quatre s’est construit sur l’exil soudain de l’innocence de l’enfance et les promesses non tenues, des lézardes qui les grattent, chacun à leur façon. Et chacun de tenter face au silence de trouver un bout de réponse sur le sol du début et de la fin de l’histoire.

Un thème donc assez classique finalement, auquel la construction non linéaire du roman apporte quand même un certain souffle et un intérêt certain, et pourtant, il m’a manqué, je l’avoue, un je ne sais quoi de frisson pour les personnages …

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