Bérézina, Sylvain Tesson

Mais ce bouquin là m’accroché comme cela, par quelques formules à l’emporte pièce, des généralités gratuites à deux balles : « Il y a comme cela des napoléons du minuscule ; en général, ils finissent sur les bateaux, le seul endroit endroit où ils peuvent régner sur des empires. », « La vodka est tellement plus efficace que l’espérance. Et tellement moins vulgaire. » ou encore  » En Russie, l’art du toast a permis de s’épargner la psychanalyse », d’autres qui frôlent le politiquement pas correct :  » Nous étions fiers comme des tractoristes de la brigade numéro 12 décorés de la médaille du travail ».

Des formules de sale gosse d’occident, gâté par l’aventure et la construisant au besoin … une forme de provocation snobissime, jusque chanter les louanges de l’Oural, la moto emblématique du savoir faire stalinien, qui devient ici le symbole de la résistance à la modernité et à la marche de la Russie vers le capitalisme le plus décomplexé. Décomplexé, l’auteur l’est aussi, son projet est de raconter le périple sur la fameuse Oural et son side car, conduite par lui-même, accompagné de deux acolytes français et de deux autres russes, périple qui suit les étapes (en gros) de la retraite de Russie, la der des ders de Napoléon.

On sort des sentiers battus de l’histoire pour accomplir un devoir de mémoire d’arrière garde. Voilà qui me plait. Sylvain Tesson, un ami à lui et son photographe se lancent donc sur les traces de Napoléon et des ombres de l’armée qui trouva, de Moscou à Paris, la triste fin de sa gloire. Tombe d’un règne auréolé aujourd’hui plutôt de sa légende noire que de sa légende dorée, la plume de Tesson tente une résurrection tardive au rythme brinquebalant d’une Oural et de son side car, dépassés sur les autoroutes par la modernité des camions multitonnes qui les noyent sous la neige fondue et crade des à-côtés de l’histoire officielle.

Un voyage sans gloriole, aux étapes rythmées par la vodka et les gueules de bois, les quelques souvenirs de ce qui fut la grande armée, surgissent au coin d’un bois ; pancartes dégradées par l’oubli, au bord d’un fleuve, monuments à une défaite qui fut, aussi, la victoire des vaincus, l’armée du Tzar. Ce qui explique, selon Tesson, le goût des Russes pour Napoléon …

Le voyage se nourrit aussi de lectures historiques, qui sont assez peu développées, l’auteur balisant juste les principaux repaires pour que le lecteur s’y retrouve. De même, de temps en temps, il place une fresque de la débâcle, esquisse les silhouettes des moribonds en errance, la faim qui les fait dévorer les chevaux, le froid qui les consume.

Pas un roman historique, pas un essai non plus, un vagabondage, j’ai bien aimé ce côté feu-follet, franc-tireur et quasi jean foutiste des convenances.

 

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