Plus haut que la mer, Francesca Melandri

Louisa a eu cinq enfants d’un mari qui est en prison depuis bien longtemps. Il l’a laissée seule, mais seule, en réalité, elle l’était déjà avant. Le beau sourire du jeune cavalier qui l’avait invitée à danser avait rapidement laissé la place à un homme violent. Puis, il est devenu assassin. Elle ne le regrette pas ce mari qui l’a si peu aimée, elle fait son devoir, elle lui fait des raviolis et entame le voyage vers l’île.

Pendant toutes ses années, c’est ce qu’elle a fait, son devoir, elle a élevé les enfants, elle a tenu la ferme, elle a tracé des sillons droits dans les champs. Les enfants sont plus grands, et c’est l’esprit plus tranquille qu’elle se rend dans cette nouvelle prison, sur l’île, plus plus de sécurité. Et puis, c’est la première fois qu’elle voit la mer.

Paolo aussi est un homme droit, un ancien prof de philo qui a éduqué son fils unique, aimé sa femme, la vie et les idées. Lui aussi va rendre visite à un prisonnier sur l’île, son fils, tant aimé, tant coupable, tant fermé à toute autre idée que celle de la révolution, au nom de laquelle il a froidement exécuté un père de famille et d’autres « ennemis de classe ».

Nitti pierfrancesco est gardien sur l’île. Il fut un homme droit. Sa femme, Maria Caterina est institutrice des enfants des gardiens. Le couple regardait la mer et les étoiles avant que Nitti ne commence à se taire, à taire ce qu’il est en train de devenir, sur l’île, dans la prison.

L’île est un microcosme étrange, gardiens, femme de directeur, détenus en semi liberté s’y cotoient. Mais pour le mari de Louisa et le fils de Paolo, cet univers se limite aux murs de leur cellule, ils sont enfermés dans le « quartier de haute sécurité ». Le mistral va empêcher les deux visiteurs de repartir, et ils vont partager, avec le gardien une nuit sur cette île, dans un palais de verre où règne un bouc et des courants d’air.

Louisa et Paolo, la paysanne et l’intello, la femme de devoir intouchée, qui compte sans cesse ce qui lui tombe sous les yeux pour ne pas penser à ce qui lui ferait trop mal, l’homme qui avait des certitudes de bonheur et qui porte le poids de la faute de son fils, qui est traversé par les réminiscences du petit garçon qui aimait la mer et de celui qui ne se repent pas, se rencontre comme on se palpe l’âme, au ralenti, à longs silences et mots couverts. Le gardien les regarde, écoute, et se tourne vers lui-même.

L’île est un huis-clos paradoxal où pèsent les crimes des années de plomb, les remords, les violences de l’enfermement, et en même temps où bruissent l’odeur des figuiers, où les vagues nocturnes brillent, où les poissons se font volants. Un univers à deux faces, où la nature est belle et l’âme peut y puiser un moment de grâce, ou retrouver une forme de légèreté.

Une bien belle idée.

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