Les bateaux ivres, Jean Paul Mari

J’ai été tentée par ce titre lors d’un plateau à Étonnants Voyageurs, festival du livre de Saint Malo, lors d’un plateau animé par Ys. Animé n’est d’ailleurs pas le bon mot, ce serait plutôt accompagné, car elle lance l’auteur très rapidement, et du coup, il se lance tout seul, du moins, c’est ce qui s’est passé pour Jean Paul Mari ( y’en a un qui a résisté, mais je ne me souviens plus de son nom, et ce n’était pas la faute d’Ys si il s’est mis en boucle …).

Le sujet de Mari est l’immigration clandestine, son attitude est la compassion sans mièvrerie. Lui aussi, il accompagne. Est-ce pour cela que les applaudissements, généralement de pure forme dans ce type de manifestation, ont pris ce jour-là la chaleur d’une vraie sincérité, au point que l’auteur en a relevé les yeux, semblant lui-même étonné de ce qu’il venait de soulever chez nous ? Spectateurs parfois blasés, quand ce n’est lassés, du drame humain à répétitions des migrants, des vagues d’indignation qui retombent plus vite que la pluie à Calais, ces images si répétitives qu’on dirait le même scénario joué d’avance. Alors, parfois, nous ne levons plus un sourcil pour voir, nous ne prenons plus les lunettes pour lire le dernier naufrage écrit en petit, nous perdons le fil des chiffres, nous ne comprenons plus que ce sont de vrais gens qui meurent, pas des pixels médiatiques sur écran plat :  » cette formidable capacité que nous avons développée, à accepter l’inacceptable » écrit Jean Paul Mari à la fin d’un éditorial publié sur grands reporters.com, site qu’il a contribué à créer et où son parcours professionnel est retracé : un grand reporter résolument engagé dans le réel de la guerre et puis, comme une dérive vers la suite, cette forme sordide de l’Odyssée de ceux qui ne sont pas les nouveaux Ulysse de civilisations pourtant guerrières. Mais la guerre a changé les héros en migrants, et les migrants en victimes. Pourtant, Mari ne les voit pas comme cela.

Ce livre est entre le témoignage, l’essai et le documentaire, et c’est vraiment ce qui en fait l’intérêt et la facilité de lecture. « Noyés dans les larmes de la Méditerranée » ou réussissant à poser le pied sur les rivages européens, l’auteur individualise en quelques parcours recomposés et morcelés, le flot de ces hommes, femmes, enfants qui ont fui la misère, la guerre, le fanatisme religieux, tout simplement qui rêvent d’être un peu plus vivants que la mort lente des illusions qui les attend si ils restent : Robiel, noyé à Calais, venu d’Ethiopie, si près de réussir, Fassi, le gamin de Guinée, parti football au cœur, Zachiel, l’imam qui ne voulait pas prêcher le Djihad, sa femme, ses enfants, les plages turques, les passeurs, puis Lesbos. Pour quelques uns, qui peuvent respirer mieux, combien de cadavres sont rudoyés par les courants …

Ce que montre aussi Jean Paul Mari est à quel point le lieu d’arrivée détermine la réussite ou l’échec de l’exil volontaire et désespéré ; Lampedusa et son accueil plutôt humaniste, alors qu’Athènes est un cul de sac de la misère.  Le mur européen n’est pas le même partout, et les migrants se ruent toujours pour se déchirer sur les barbelés de Ceuta ou Mellila.

 Et toujours, comme un ressassement indigné, l’auteur en revient à ce qui fut une mer bleue, à cette odyssée d’ici et maintenant, dont les héros ne sont plus Ulysse et hector, mais des survivants qui en tremblent encore, et c’est l’Europe qui loin de chanter leurs exploits, tissent la toile des morts sans linceul.

 A lire, la note de Ys

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