Hilarion, Christophe Estrada

J’ai décidé de poursuivre la série commencée par ma lecture de « L’énigme des Blancs manteaux » de Parot, et poursuivie par un premier conseil d’Ys, « La baronne meurt à cinq heures » de Lenormand. Il s’agit ici de son deuxième conseil, et donc de ma troisième lecture à suivre d’un roman policier historique ayant pour cadre le XVIIème. J’ai un peu craint le surdosage au départ, et puis non.

Dans ce roman, le XVIIIème est quasi finissant, du moins se teinte-il d’une certaine amertume, pourtant ce n’est que le début du règne du nouveau Louis XVI. Géographiquement, ce roman sort aussi du cadre des deux précédents, strictement parisien ou presque, pour plonger dans la province, entre Aix en Provence et Toulon, il se passe de drôles de choses … peu philosophiques. La classe sociale mise en scène n’est pas pour rien dans l’intérêt de ce roman, point d’élite intellectuelle, mais une moyenne aristocratie provinciale qui grouille d’envies, soucieuse de ses privilèges, campée dans ses certitudes, rivée sur une réputation familiale à tenir et un rang à perpétrer, sauf que ça va être plus compliqué que prévu, étant donné l’état des fils des bonnes familles ….

J’ai d’abord cru que j’avais commencé par le second de la série, car le chevalier Hilarion, arrive, héros de cape, mais surtout d’épée, en Aix, chez sa tante, charmante snob, tout auréolé d’une gloire et d’une réputation acquise par l’habilité de sa lame et sa force de caractère : il vient de réprimer, sans coup férir, la révolte des pénitents rouges, confrérie aristocratique qui s’était soulevée contre l’absolutisme royal. Aussi beau, que jeune, orgueilleux et habile, et un peu tourmenté quand même, Hilarion jouit d’un statut privilégié, puisqu’en dehors de toute institution, directement mandaté par le roi, lorsque le scandale éclate, il garde les mains libres et le sauf conduit pour farfouiller dans le caca, un sacré merdier en réalité qu’inaugure un premier meurtre de fils de bonne famille.

Et le fiston est dans un sale état, pas aristocratique du tout, assassiné et émasculé, retrouvé dans une ruelle puante, recroquevillé comme un bébé dans une fontaine asséchée. Sa réputation n’était pas sans tâche à ce jeune nobliau, mais les éléments très scabreux de son exécution, révèlent les pratiques honteuses des jeunes militaires, appelés à servir dans la marine du roi, mais qui conquièrent surtout les garçons au cul ferme qui en font commerce, faute de pouvoir faire carrière.

La construction de l’enquête est simple, mais rigoureuse ; un meurtre, qui annonce une série, des motivations obscures qui conservent une certaine nébulosité jusqu’à la fin, une complexité des personnages secondaires qui garantit l’intérêt du lecteur. Sans contexte, ce titre gagne la palme sur les deux précédents, surtout par l’atmosphère historique qui fourmille de détails plus psychologiques et sociaux que dans les deux précédents. Il ne s’agit plus seulement de faire véridique, mais surtout de faire comprendre un fonctionnement social et ses désuétudes, ses clivages d’orgueil, ses bouffissures vaniteuses qui vont faire tomber les têtes perruques comme Hilarion fait tomber les masques.

Un très bon conseil d’Ys, à suivre ….

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