Confiteor, Jaume Cabré

Alors, comme fil, entre Barcelone, le monastère de San Pere del Burgal, entre les tombes du cimetière juif de Tubingen, les pignes, les graines de sapin et d’érable, le petit tableau d’Urgell, celui qui était dans la salle à manger, où depuis, sa disparition a laissé une ombre, entre toutes ses ombres, que l’auteur convoque sur la scène du monde occidental de l’Allemagne nazie à l’Italie de la Renaissance en passant par l’Espagne de l’inquisition et celle du fascisme, je choisis l’ombre du violon.

Ce violon a été fabriqué en Italie par Storioni, avec le bois que Joachiam de Parda avait emporté dans sa fuite, à la poursuite d’un rêve. Comme le roman, ce violon a une sonorité exceptionnelle, atypique, un son et des mots qui brassent l’art de la fugue avec des tonalités d’universel. L’archet est grave et l’amplitude de la gamme conséquente ; des persécutions de l’Inquisition au génocide perpétué à Auschwitz Birkenau ; l’humanité, en gros, celle de l’amour aussi, de l’amour de l’art, de l’amitié encore, à la maladie d’Alzheimer qui efface la mémoire, de l’amour et du mal solubles dans rien, même pas dans l’oubli.

Un roman qui vous laisse agrippé à trois personnages principaux, les plus contemporains, dont l’histoire fait la trame ; Adria et son amour fou pour Sara, et Bernat, l’ami, celui qui a un peu raté sa vie quand même ; celui à qui il confiera sa mémoire, le socle finalement friable d’Adria. Adria est le point de départ du roman, celui à partir duquel toutes les notes se déploient. Jeune garçon surdoué pour les langues, par atavisme mais aussi par goût, il aurait aussi pu être un violoniste virtuose, si sa mère ne l’y avait point obligé. Dans l’obscur appartement de Barcelone, Adria enfant solitaire, joue le rôle de l’enfant sage qu’il est, invisible aux yeux de ses parents, qui ne s’aiment pas plus qu’ils ne l’aiment. Il grandit, prenant conseil de ses deux figurines en plastique, l’indien et le cow boy, les dupont et dupond de sa conscience enfantine.

Puis, viendra Bernat, puis Sara. En même temps, tous les autres destins qui tissent la mémoire du mal éternel, toujours le même, quelque soit sa forme, ironique ou sarcastique. Pour Adria, la vie se terminera en boucle, dans ce même appartement sombre, entouré des mêmes fantômes. Il est, à la fin, rempli des silences honteux de son enfance, même si il a tenté de tromper le mal de son héritage, de tricher avec, le violon mal acquis par son père, antiquaire sans scrupules, mafieux de l’art, enrichi de magouilles, trafiquant de biens juifs spoliés par les nazis, et rachetant à ces mêmes nazis en fuite leur rapine artistique.

Confiteor, c’est une prière, un appel à la confession, pour tous les crimes commis au nom du dieu et des pères, le père de tous les crimes. La narration est singulière, les voix se mêlent et se glissent les unes dans les autres. Parfois, comme l’histoire des crimes, elles bégaient. Elle contribue grandement à cet effet de brassage continu des personnages, des lieux et des époques, où se croisent les mêmes fils, ceux de la malignité des gains, quand les violons deviennent tueurs, car laissés aux mains des hommes dont la partition est si étroite. Même celle de Sara et d’Adria aurait pu être jouée autrement si les avatars du mal, n’étaient pas d’abord en soi.

Un roman somme, à la fois fleuve et creuset, un roman rare.

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