Cartel, Don Winslow

Art Keller face à Adam Barrera, on en rêvait Ingannmic et moi. Alors, une lecture commune s’imposait à la sortie de « Cartel », vu que le premier, celui qui nous avait plantées là dans le genre grosse claque de lecture, « La griffe du chien », on l’avait déjà dévoré ensemble (ici et ici), chaque de notre côté avec la même boulimie glacée et enthousiaste.

Art est l’ex seigneur de la frontière. Il a remisé sa rancœur dans un monastère où il s’est fait gardien d’abeilles. En théorie, à la fin de la « Griffe », il est le vainqueur d’Adam Barrera puisque ce seigneur là, quant à lui, tout puissant des cartels de la drogue au Mexique, est emprisonné, et logiquement pour un temps certain. Assez de temps pour que ces deux là ne se retrouvent plus jamais. Mais, ce n’est pas si simple d’être vainqueur quand, dans cette guerre, on a autant perdu que Art. Sa famille, ses collaborateurs et surtout une certaine foi … La foi qui avait fait que Art avait cru que changer le monde en tuant un seul homme était possible.

Art est fatigué et Adam reprend du service, de l’intérieur même de sa prison. Il joue un va-tout suicidaire en livrant aux autorités américaines des informations qui lui vaudraient la mort, si il n’était Adam, le grand ponte de la drogue aux allures de comptable élégant et bien élevé. Adam est un stratège, il maîtrise les failles du système judiciaire qui veut sa fin en se nourrissant du mal qu’il incarne. Donnant, donnant, le système a encore plus à gagner en lui accordant, en échange de ses informations, une autorisation de sortie à l’occasion de la mort de sa fille, pour après lui arranger une évasion dans un établissement dont il va pouvoir faire sa base arrière de luxe.

Une fois Adam libre (ou presque ….), le vrai duel commence, par comparses interposés, volontaires ou inconscients, du côté du bien, comme du côté du mal. Juges intègres, policiers corrompus, voyous incultes et barbares, le bal de la mort est ultra violent et n’épargne pas les bonnes âmes, quand il en reste. 

L’ultra violence est assurée par une galerie de personnages secondaires, qui sont souvent à la fois les victimes des cartels, et du système politique mexicain qui permet l’extension du trafic, et les bourreaux, une fois que l’engrenage leur a mis l’étau à la gorge. Ainsi, Chuy, dit Jésus le Kid, de gamins des rues, dealer presque malgré lui, se métamorphose en tueur frénétique et halluciné, décapitant à tour de machettes, après que son amour enfantin pour une prostituée pitoyable, a été broyé par des plus gros requins que lui. On suit aussi le cas d’Eddie, dit le dingue, presque à tort d’ailleurs, car les dingues, dans la réalité de la guerre entre gangs pour le contrôle d’un territoire, d’une plaza, ils fourmillent autant que les cadavres dans la vallée de Juarez.

Des territoires martyrs, des populations otages, Juarez en est le symbole. La ville, puis la vallée sont sillonnés par un trio de journalistes, impuissants mais sincères, Ana, Pablo et Giorgo. Ils montrent une décadence et une spirale, telle que l’on comprend que la loi, mais n’importe quelle loi, finalement, est acceptée comme préférable à l’hécatombe et la perte de toutes les illusions. Vraiment, toutes tombent les unes après les autres, comme une chute de dominos infernale, où reste le chaos, vainqueur. Car même quand des responsables du mal disparaissent, ce qui est aussi certain, est que d’autres, sont là, à attendre que la place se libère.

En tout cela, le duel tient ses promesses, et cette suite est aussi glaçante, que « La griffe », mais avec des moins. Des personnages auxquels on accroche moins, moins complexes et touchants, peut-être trop monolithiques, malgré de beaux personnages de femmes combattantes, et d’autres juste, juste humains. c’est un bon livre, bien calibré, bien documenté, mais … il lui manque un foisonnement, une tension survoltée, une telle dilatation de l’histoire qu’on a l’impression d’être embarqué dans le wagonnet d’une montagne russe, lancé à toute vitesse dans le fracas d’une ossature qui, c’est sûr et certain, va se fracasser contre la muraille si on lâche le bouquin deux secondes. Et être dans un état de manque quand vous le refermez.

Pour lire la note d’Ingannmic, c’est juste .

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