Petit pays, Gaël Faye

 Mais autant le dire tout de suite, je ne partage pas l’enthousiasme général et ce n’est même pas par simple mauvaise foi ni pour exercer mon éternel esprit de contradiction, je le jure ! Bien sûr, c’est un bon roman, bon juste comme on les aime, court comme il faut, tragique comme il faut aussi, assez drôle, qui plus est, pour faire passer l’amertume de l’exil, très bien dite dans le passage en italique qui suit le drolatique prologue, mais le côté « le petit Nicolas vous raconte un génocide », c’est pas passé.

 Mais autant le dire tout de suite, je ne partage pas l’enthousiasme général et ce n’est même pas par simple mauvaise foi ni pour exercer mon éternel esprit de contradiction, je le jure ! Bien sûr, c’est un bon roman, bon juste comme on les aime, court comme il faut, tragique comme il faut aussi, assez drôle, qui plus est, pour faire passer l’amertume de l’exil, très bien dite dans le passage en italique qui suit le drolatique prologue, mais le côté « le petit Nicolas vous raconte un génocide », c’est pas passé.

Quand l’histoire commence, tout va encore à peu près bien. Michel, le père du narrateur, Gabriel est un colonial qui fait des affaires au Burundi, la mère est une exilée rwandaise. Un couple mixte qui ne se parle plus trop, même si Michel est loin du colonialiste raciste de base ( Jacques, l’ami de la famille, tient très bien ce rôle). Le mariage semble avoir usé son exotisme, de part et d’autre, et la guerre civile du Rwanda commence à bouger les frontières du paradis enfantin.

Gabriel a 10 ans, sa sœur, Ana, sept. Il a une correspondante française, Laure, qui lui écrit d’Orléans et dont il boit les lettres formatées comme si les bisous qui les signent étaient de véritables marques d’un intérêt sincère pour le petit noir qu’il est. Gabriel est donc bien naïf …

Il a une bande de copains, Prothé, Donatien, Innocent, qui vivent comme lui dans l’impasse où poussent des mangues qu’ils kidnappent à leurs propriétaires légitimes et dont ils vont se gaver, du sucre collant plein les menottes, dans leur repaire, cachés des adultes et du monde qui s’agite. 

Les élections « démocratiques » au Burundi creuseront le premier pas vers le tombeau de l’enfance préservée, et le bruit des mitraillettes se rapproche de la ruelle de Gabriel, même si il ferme très fort les yeux pour ne pas les entendre. Tandis que le couple des parents se distancie de plus en plus, le Rwanda happant la douleur de sa mère, Gabriel assiste, sans trop en mesurer la portée, aux départ de ses oncles pour la guerre :  Alphonse, la fierté de la famille maternelle, puis le plus jeune au prénom de si bon augure, pourtant, Pacifique. Gabriel, lui, ce qui le tracasse, est qu’un intrus se faufile dans sa bande, un plus grand, qui a des relents de vrai dur.

Dans une forme de culture enfantine héritée des trois mousquetaires, Gabriel entrevoit la montée d’autres adolescences, plus violentes, celles qui attirent par la fascination des armes et transforme les bandes de voleurs de mangues en gangs d’enfants presque soldats, les nouveaux rois de la rue.

Les graines de la tragédie sont plantées mais on les suit pas jusqu’au bout, elles s’agitent puis passent comme des voiles qu’on écarte au profit d’un théâtre bien plus gentil, le petit garçon est figé dans sa gangue d’innocence, mais alors, pourquoi lui attribuer, comme en passant, la responsabilité de deux choix qui ne sont pourtant pas jolis jolis, et sont aussitôt évacués, d’un revers d’oubli ; la mère chassée, le fusil armé ?

C’est ce non écrit, ce non dit qui aurait pu faire sortir le Gabriel de la bergerie, avec des vrais dents littéraires qui mordent là où ça fait mal (je n’ai pas dit que le roman est mal écrit, hein ?) et prendre le sujet de face, celui de la culpabilité, plus que celui de l’exil, me semble-t-il ….

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