Le chant des plaines, Kent Haruf

Bon, ce « chant des plaines »,  ce n’est pas un chant choral non plus ( ce qui tombe bien, parce que les romans à chants chorals, je ne sais pas vous, mais moi, je sature un peu), celui qui sort de ces plaines , très plaines, n’est pas un chant symphonique avec harmonica et hululement de chouettes autour d’un feu de camp, on est dans une tonalité chuchotée, à peine triste, ni vraiment joyeuse, non plus une musique ordinaire sans être d’ascenseur, c’est ordinaire, pas formaté. Ce sont plutôt des champs, en fait.

Un monde ordinaire dans un coin paumé des USA, rarement lu aussi paumé, ou alors peut être chez Pollock, mais chez Pollock, ils sont tous dingos les ordinaires, alors que là on a des ordinaires normaux. Ça repose et ça se lit au rythme d’une balançoire au fond d’un jardin d’enfants dans le Colorado, à Holt, exactement là. Comme le centre d’un petit monde à lui tout seul.

Tom Guthrie est un simple professeur dans le lycée du coin, il connait quand même quelques soucis ; sa femme est dépressive, ne semble ne plus vouloir sortir de son lit ; voir le monde, même paumé, c’est quand même un monde, mais non … et aussi avec les Beckman, fils, père et mère, tous unis contre lui dans la même connerie ignare. Ben oui, il fait juste son boulot en refusant de valider une note pour que le fils puisse quitter le lycée et que l’on en parle plus.

Par contre, ses deux fistons à lui, Ike et Bonny sont juste adorables, ils livrent les journaux avant d’aller à l’école et s’inquiètent pour maman. Leur innocence est ainsi teintée d’une tristesse latente qui ne les exempt pas d’une curiosité de bon aloi, avec un goût prononcé pour une vieille dame solitaire et en mauvais état.

Dans cette même petite ville, Victoria, jeune lycéenne, se découvre enceinte, ou plutôt, la mère de Victoria découvre que sa fille est enceinte. Ce qui fait qu’elle la jette à la rue sans délais ni recours. Victoria n’est pas une fanatique de la gaudriole, une lycéenne sage jusque là qui a un peu rêvé. Il y a eu juste l’été, un garçon qui passait par là, il n’était pas du coin paumé, il avait une voiture et un air de pas comme les autres.

Pour lier ces personnages, il y a Maggie Jones qui chercherait bien à consoler Tom, mais qui, en attendant, va se pencher sur le cas Victoria, et confier, faute de mieux, sa détresse de très jeune fille qui veut garder son bébé,  à deux vieux gars d’une ferme du coin, encore plus paumée que le coin lui même, les Mcpheron.

Comme on n’est pas dans un conte de fée mais dans l’Amérique profonde, profonde, les deux frères n’ont pas la tête de l’emploi du prince charmant, mais plutôt celui d’une bonne fée bicéphale aux mains noueuses et aux bottes crottées de fumier. Remettre l’utérus d’une vache à l’intérieur de la vache, ils savent faire, mais s’occuper d’une jeune fille enceinte, ça les dépasse un peu.

Dans ce monde ordinaire, se tissent des liens peu communs, mais d’une grande simplicité, d’une droiture d’écriture qui fait des bons sentiments des sentiments normaux, de belles actions un coup de main normal, entre humains. Dans l’apaisante nuit étoilée où aucun cow-boy solitaire ne serait laissé aux abois. Les Mcpherson lui ouvriraient la porte et lui prépareraient un coin de niche au chaud. Et oui, les deux ont l’hospitalité des gens un peu gauches. Comme tous les personnages de ce roman, ils sont en train d’apprendre à s’apprivoiser.

Un livre doux comme mon plaid d’où je poste cette note, clouée en dessus par un rhume dont je ne vous dirais pas des nouvelles … 

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