La mort en Arabie, Thorkild Hansen

Au XVIIIème siècle, le Danemark a voulu rejoindre le cortège des nations civilisées en faisant d’une expédition scientifique le fer de lance de sa gloire. C’est toujours mieux qu’une expédition guerrière, qu’une entreprise colonialiste, et correspond à l’essor vers les Lumières. C’est louable, mais tout ne se passera pas comme prévu, ce dont on est prévenu dès le départ.

Lorsque l’expédition part, en janvier 1761, les cinq scientifiques sont comme les joyaux de la couronne (sauf que le vers est déjà dans le fruit). Lorsque l’unique survivant revient, en 1767, le Danemark est passé à autre chose. Les résultats de l’expédition, les caisses des précieuses collections amassées, les journaux des voyageurs, les notes, les illustrations, les relevés, les observations ethnologiques et botanistes, s’entasseront sous la poussière de l’indifférence ; éparpillées, négligées, oubliées, les pépites d’un savoir tout neuf se sont diluées dans le temps qui a passé sans eux, les morts et le survivant.

C’est donc cette quête, inutile et vaine, et si prétentieuse, que conte T. Hansen. Méticuleusement, en prenant le temps des détails, il retrace les pas égarés de cinq hommes qui allèrent de Copenhague jusque la capitale du Yémen pour trouver le secret de ce pays que l’on nommait encore l’Arabie heureuse, à cause d’une glissade erronée de traduction. C’est, en partie, à cause de cette petite erreur que fut mise en branle bas de combat l’ambition politique d’un pays, et surtout celle de deux hommes, aussi différents dans leur caractère, que similaires dans les résultats peu tangibles que leur ambition un peu folle, laissera ; l’un qui croyait pouvoir y échapper, l’autre qui pensait en revenir : Van Haven et Forssal. (il y a un petit ° sur le a, mais mon clavier fait ce qu’il peut …)

Cinq hommes, deux qui veulent être le chef, un autre qui l’est … Au départ, à chaque homme sa science, à chaque homme sa fonction, à tous les bien commun de la science, pour la renommée d’un pays et d’un roi (mort d’ailleurs lui aussi entre le départ et la Bérézina de la fin, comme quoi, l’ambition …)

la mort en aradie,thorkild hansen,romans,récit de voyage,danemarkVan Haven est le philologue, imbu de lui-même (d’ailleurs, je ne veux pas dire, mais cela se voit sur sa trogne), pleutre et inconséquent, il passera à côté des trésors de Sinaï par crainte d’avoir faim. L’auteur en montre tous les défauts ; tout d’abord ses manœuvres pour avoir la place du chef, puis ses dérobades devant les difficultés à prévoir, ses entourloupes financières, puis ses oeuvres pour faire régner la discorde dans le groupe.

la mort en aradie,thorkild hansen,romans,récit de voyage,danemarkForsskal est un peu plus épargné par l’auteur. Insupportable frondeur, orgueilleux, buté, égocentrique, mais passionné, infatigable botaniste, négociateur sans diplomatie, mais non sans réussite, il se montre bien plus au service de la connaissance, et à celle de son maître à penser, Linné, qu’à celui du pays qui lui permet de mettre ses pas dans les pas de l’histoire.

la mort en aradie,thorkild hansen,romans,récit de voyage,danemarkDe l’illustrateur et du médecin, il est dit peu de choses, sinon que le premier accomplit sa tâche et l’autre non. Le cinquième, le futur survivant, Carsten Niebur est un simple arpenteur. Sans aucun titre ronflant, muni de son éternel astrolabe, il tentera sans ambition singulière d’accomplir la mission confiée, aller jusque Sanaa. Une fois l’échec consommé jusqu’à la lie  de la mort des autres, comme un vaillant petit arpenteur, justement, il arpentera sur le chemin du retour des sites jusqu’alors ignorés, Alep, Persépolis. 

Récit d’aventures, récit d’une quête, récit d’un échec, récit des fatuités humaines, récit passionnant surtout par l’évocation d’un monde oriental d’avant la colonisation. Paysages de caravanes qui s’étirent dans le désert, temps où les pyramides étaient encore ensablées, les civilisations orientales encore intouchées, belles, mystérieuses et cruelles, impénétrables à ceux qui ne savent s’y plier avec le respect qui très bientôt n’existera plus. Récit qui fait resurgir du passé une Palmyre encore debout, et une citadelle d’Alep qui grouillait de vies et de richesses humaines.

Merci à luocine, dont je relis la note avec délectation … et vous devriez en faire de même … et merci à Dominique qui fut l’initiatrice de ce voyage !

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :