Marcher droit, tourner en rond, Emmanuel Venet,

 

 Le temps de l’enterrement de son grand mère marguerite, il en tire le portrait de tous les membres qui la compose, incluant trois membres déjà morts, deux absents et ceux qui l’ont fui. Le narrateur voit et dit la vérité droite que lui permet son angle de vue de côté. 

 Sa passion du scrabble et des catastrophes aériennes, doublée d’une redoutable efficacité au jeu du petit bac, l’éloigne du commun de sa famille. Mais pas que … Grand mère, tantes, cousines, cousins sont loin de lui qui voit clair sous leur masque et les mensonges débités à la gloire de la morte. La singularité de sa voix et de son regard lui fait croquer des portraits moraux qui se révèlent pitoyables de bêtise et d’égoïsmes, derrière les discours de façade de l’enterrement de la grand mère.

Son grand sujet à notre narrateur, c’est la vérité, mais aussi l’amour. Pas ceux que vivent ses proches : amours matérialistes et mesquins, qui intègrent dès le départ l’idée de leur fin, l’idée de la dissolution inévitable des sentiments dans le quotidien, ses amours toujours sexués d’un sexe triste que les siens évoquent en des termes vulgaires et crus, ces amours qui peuvent se succéder en mariages ratés et enfants enfantés. Non. Le sien est pur, éternel et à sens unique, aussi … Son objet s’incarne en Sophie Sylvestre, sa star du lycée, intouchée et désormais inapprochable pour lui (il faut dire qu’il a un sens de la communication qui peut-être quelque peu radical). Elle est son idéal et si Sophie, qui se voulait comédienne, n’a pas fait une bien grande carrière, les traces de ses figurations, ses quelques secondes de présence en arrière plan sur la pellicule, font le bonheur du narrateur. Alors il s’en régale. Et aussi, il la rêve. Il rêve leur vie à deux, une vie où Sophie aimerait le scrabble et le jeu du bac … une vie aussi puérilement sentimentale que les amours familiales sont minablement réelles.

Drôle et triste, Emmanuel Venet a une plume juste et singulière, un regard affûté des petits riens de la bêtise sociale, des vues basses et lasses, à la visée courte, autant que son narrateur, qui pense droit, même si c’est pour lui aussi, tourner en rond … 

Découvert par ici et j’en profite pour dire qu’une autre pépite dénichée chez keisha est sortie en poche, « Une plage au pôle nord » ; c’est ici pour elle et là pour moi !

 Des antidotes dont on va peut-être avoir besoin !

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2 commentaires sur “Marcher droit, tourner en rond, Emmanuel Venet,

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