Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, Céleste N.G

Ce titre est vraiment un bon polar psy, plus psy que polar d’ailleurs. Il a juste un peu souffert, en ce ce qui me concerne, de venir après la lecture de Souviens toi de moi comme cela, mais peu souffert quand même … Ce qui prouve qu’il est bon !

Les deux titres ont en point commun de traiter de la disparition d’un enfant ( un ado, plus exactment) et le raz de marée familial qui s’en suit. Sauf que dans ce titre là, la disparue ne revient pas, et la famille devra petit à petit admettre, non seulement sa mort, mais, en plus, que celle-ci fut volontaire. Lydia Lee, seize ans, fille parfaite, élève parfaite, a voulu sa mort, ne pouvant plus lutter contre le couple qui l’avait conçue, formatée et étouffée sans même s’en rendre compte.

Marilyn, la mère, aurait voulu être médecin, avoir une vie différente de celle de sa propre mère qui ne jurait que par la conformité des arts ménagers. Elle était sur la bonne voie, lorsqu’elle rencontra, et aima, son prof de littérature du western ( c’est le seul truc à peu près léger du bouquin). James Lee, comme son nom ne l’indique pas, est d’origine chinoise, fils unique et presque parfait d’immigrés pauvres chinois. Et lui, ce dont il rêvait était de ne pas l’être. Il ne se le dit pas aussi directement, évidemment, mais c’est bien de cette rancœur là que cet homme a nourri ses ambitions, grandioses, et a ravalé les couleuvres que ses origines font peser sur sa modeste taille, les vexations des regards sur sa couleur, une différence jamais assumée.

Modeste carrière universitaire pour lui, finalement, et femme au foyer pour elle, finalement aussi, les Lee ont eu trois enfants, même si en réalité, ils ont eu surtout Lydia. Et fait de l’adolescente une menteuse, une tricheuse, une prisonnière de l’image attendue, jusqu’à l’overdose d’amour. 

Par les yeux du frère, du père, qui se dessillent tout doucement, par interstices, on découvre les faux semblants et les stratégies mis en place par la jeune fille ; sa vie dédoublée, ses masques de sociabilité, son immense solitude,bien réelle, sous les phares du regard et des attentes de ses parents, qui n’y voyaient goutte. Et puisque Marilyn refuse toute tâche sur l’icône de sa fille, ce sont les deux autres enfants, le grand frère, Nathan, et la petite soeur, Hannah, qui se tiendront du bout des doigts pour commencer à exister, en dehors du carcan de la réussite normale et étouffante imposée à Lydia.

La narration est tendue, passant sur des méandres et et marais sous jacents, touchant au passage des vérités enfouies sous la mauvaise bonne foi. Les personnages sont particulièrement crédibles comme l’est la nacelle dans laquelle ils vivaient jusque là, si fragile et faillible, ne pouvant les protéger de leur origine, ne pouvant l’effacer, comme l’aurait tant voulu James, ni remplacer une existence par une autre comme l’a tenté Marylin.

De l’art de la mauvaise bienveillance parentale. 

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