Sarah Thornhill, Kate Grenville

Sarah Thorhill vit sur les bords de l’Hawkesbury, large fleuve australien, en Nouvelles Galles du Sud. Sa famille fait partie de celles qui se sont appropriées les terres des « noirs », comme les nouveaux arrivants nomment les aborigènes. Sarah ne les connait que sous la forme de mendiants ou domestiques de seconde zone, palefreniers, hommes à tout faire. Ils vivent de la charité très chrétienne, aux bords des terres cultivées par les ouvriers de son père, car lui, l’ancien forçat, a fait fortune et maintenant fume la pipe en regardant son horizon conquis.

Sarah est surnommée Dolly alors qu’elle n’a rien d’une poupée qui dit oui. L’atmosphère familiale grouille de secrets, des éventés et des pétards mouillés, et d’autres plus enfouis et plus brutaux. le grand tabou est le métissage, et même quand le connait, on le cache. Ainsi, il est de notoriété publique que Jack, l’aîné des enfants Langland, des voisins, est le fils d’une noire, morte depuis longtemps. Monsieur Langland est comme le père de Sarah, un banni. Une frontière poreuse les sépare des « venus en hommes libres ». Avant d’être respectable, il s’était contenté d’une naturelle, mais maintenant que riche, il a famille et pignon sur rue, Jack fait un peu tâche.

Jack est assez clair de peau pour passer pour un portugais, alors, il est toléré, lui même a quasiment oublié qu’il est pour moitié un natif du pays, et que les usurpateurs sont ceux qui le tiennent dans le mépris certain de ceux qui doivent être éduqués pour être civilisés.

Evidemment, on le sent venir le coup du Roméo et de la Juliette, un demi noir ne pouvant convoler avec une moitié de descendante de forçat, quand même, faut pas abuser !

Mais une fois laissé de côté ce canevas éculé, ce livre se laisse lire sans regrets. En effet, l’auteure se rattrape avec l’évocation de la vie des colons dans les terres australes, mais surtout avec le cheminement de Jack vers la prise de conscience de son identité « sauvage » et des dégâts que des blancs, pourtant peu reluisants y ont fait. Sarah aussi, de son côté,  réalise ce que veut dire être de la seconde génération, et accède à une forme de responsabilité et de reconnaissance.

Pourtant, ne pas s’attendre à une remise en cause radicale de la colonisation forcée, et on est loin de la peinture bien plus cruelle et réaliste de romans comme Les passagers anglais ou L’âme des guerriers ( l’action dans ces deux titres se passe en Nouvelle Zélande, ce ne sont pas les mêmes aborigènes mais ce sont les mêmes colonisateurs)

 

2 commentaires sur “Sarah Thornhill, Kate Grenville

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  1. Je l’ai dans ma pal depuis longtemps et j’hésite toujours. L’histoire d’amour ne m’intéresse pas mais celle de la colonie oui, donc je vais sans doute me laisser tenter. Je jette un coup d’oeil aux deux autres référénces

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    1. L’histoire d’amour se croise avec les tabous et les non dits de cette société. Ce n’est pas mal fait, mais pas extraordinaire non plus. Les deux autres titres sont beaucoup violents, même si il y a un humour certain dans Les passagers anglais quand il s’agit de la narration du voyage.

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