L’amour et les forêts, Eric Reinhardt

Ben oui, les fées n’existent pas, et Bénédicte Ombredanne, si elle tente de vivre un conte, ne pourra pas s’échapper du cauchemar de sa vie conjugale, sous des apparences des plus banales, et c’est bien cela le pire.

Le récit de la vie pantelante de Bénédicte commence par la voix d’un écrivain. Il n’est pas vraiment situé, mais plus tard, la sœur de la jeune femme s’adressera à Eric, donc … On s’ancre dans cette réalité d’un auteur chic, intello bohème, quelque peu imbu de sa personne, en tout cas conscient de sa valeur, mais cependant assez sensible pour être touché par la lettre d’une de ses admiratrices. Il s’agit de Bénédicte qui lui confie à quel point son dernier livre a bouleversé sa vie et combien elle est en colère de ne pas avoir été retenue pour le défendre dans un juré de prix littéraire.

Une lectrice que l’on découvre ordinaire, deux enfants, Lola et Arthur, un mari, Jean François, lui cadre commercial, elle, prof de lettres, à Metz. Elle fait ses courses chez Carrefour, accomplit les tâches ménagères et subit l’ordinaire malsain de l’emprise de son mari. L’insidieuse humiliation constante d’elle même, le harcèlement de la culpabilité.

Bénédicte se confie à l’écrivain, en demi teinte, elle ne dit pas tout, et lui s’écarte pour laisser toute la place à cette silhouette qui s’épaissit petit à petit, petite silhouette qui a tenté de renverser le cours de sa vie.

La construction égocentrique de Jean François ne laissant aucune place à sa vérité à elle, aucun souffle d’air, Bénédicte, un soir de trop plein, va chercher ailleurs, sur un site de rencontre, celui qui pourrait la faire un peu rêver, juste un peu, pas un plan cul, un plan rêve. Étrange quête devant un écran derrière lequel se profile Christian, et derrière Christian, une porte, un jour, un interstice, un petit espace que Bénédicte va s’autoriser, comme on s’offre une récréation, une pause, une survie.

La pause sera belle mais violent le retour, puis la chute. Jean François est un subtil tortionnaire de l’intime et la jeune femme s’y perd, dans une spirale du silence, de l’impuissance, à dire, à faire, à agir. Elle se tient comme elle le peut au rôle ordinaire auquel elle ne croit plus, sans pouvoir s’échapper vers le rêve qu’elle ne veut plus s’autoriser. Elle sera spoliée d’elle même jusqu’au bout.

Une lecture toute en empathie, jusqu’au bout, plongée.

 

 

16 commentaires sur “L’amour et les forêts, Eric Reinhardt

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    1. C’est après que ça devient beau … Cet échange est très cru et peu romantique … Et incongru dans la tonalité du roman dans son ensemble, je pense qu’il est là pour faire contraste !

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      1. Tu vois, c’est à partir de là que j’ai pensé à Peter Pan, et à vouloir que les fées existent … L’irruption du prince charmant dans cette cacophonie de bourrins est effectivement peu crédible. Il y a d’autres moments où l’auteur joue avec les codes du conte merveilleux, notamment à la toute fin. Mais, par ailleurs, la spirale du harcèlement conjugal est très crédible, et Christian résonne alors comme le rêve d’un moment.

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    1. En fait, les dernières publications sont en décalage avec le moment présent … ce sont des notes que j’avais écrites avant le déménagement ! Je tente de me recaler avant de partir en vacances.
      Et pour ce titre, une véritable lecture fusionnelle, ce qui est plutôt rare chez moi. Je manque donc d’objectivité mais je pense que tu pourrais aimer.

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  1. Je suis vraiment intriguée par le sort de cette femme… Mais jusqu’à quel point la «réalité d’un auteur chic, intello bohème, quelque peu imbu de sa personne…» prend-elle de la place? Parce que cet homme ne me fait pas trop envie!

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    1. Il m’a agacé, j’ai même failli laisser tomber le roman, mais en fait il s’efface vite du devant de la scène et devient plus un témoin qu’un acteur, car pour fonctionner la narration a besoin d’un témoin, au plutôt d’une oreille.

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    1. Les commentaires peuvent être très contrastés, il est vrai que le personnage de Bénédicte demande une forme d’adhésion sentimentale pour être crédible. En ce qui me concerne, on l’aura compris, c’est de mes dernières lectures les plus marquantes.

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  2. Quel livre saisissant ! Quelle force dans les mots, dans la restitution de la souffrance de l’héroïne ! Quelle puissance d’évocation dans la violence des situations ! Avec quelle justesse l’auteur arrive-t-il à dépeindre la toxicité de la relation qui unit les protagonistes de cette histoire !

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