Chère Ijeawele, Chimanda Ngozi Adichie, ou manifeste pour une éducation féministe

De passage dans une librairie pour faire nos provisions de départ, l’amie me pointe ce titre du doigt, » tu devrais l’acheter, pour fifille ». Moi, « c’est déjà fait ». Fifille est féminine et féministe, moi, seulement féministe, et encore, ce n’est pas une étiquette que je me collerais sans nuances.

Ce manifeste est en fait une longue lettre adressée par l’auteure à son amie, Ijeawela, mère d’une petite fille, Chizalum, qui lui aurait demandé des conseils afin de lui donner  une éducation féministe. Ma mauvaise foi habituelle a failli frapper, et sournoise, je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’une éducation féministe n’a pas de sens. Pense-t-on à donner une éducation masculine à un garçon ? Mais ce sont justement ce genre d’évidences, tellement ancrées dans la pensée sociale qu’elles semblent aller de soi, que l’auteure cherche à débusquer, et certaines m’ont bien plu.

Par exemple, l’idée qu’à la naissance d’un enfant, le père va aider la mère. Je l’ai entendue pour fiston, cette phrase « heureusement, ton homme est sympa, il va t’aider ». Je ne l’ai plus entendue pour fifille. A croire que mon entourage avait compris entre les deux que je n’avais nullement l’intention de me faire aider, parce que, comme le dit l’auteure, un père fait  seulement ce qu’il est censé faire lorsqu’il s’occupe de son enfant. Comme moi. C’est pas moi qui commande.

De même, l’auteure pointe avec humour d’autres évidences, notamment dans la sphère publique, où l’on entendra jamais dire qu’une femme politique s’est volontairement mise en retrait pour que son mari puisse prendre les devants. Non, parce que les qualités pour réussir dans la sphère politique sont considérées comme évidentes pour les hommes, alors qu’une femme qui réussit dans ce domaine à gravir les marches du pouvoir, fait preuve de mérite, sous entendu, elle a fait des efforts. Une femme soutient la carrière de son mari, elle se met à l’écart, et le discours politique l’en félicite. En ce qui me concerne, je ne vois pas le mérite qu’il peut y avoir à mettre de côté volontairement ses qualités.

Dernier élément qui m’a bien plu, l’histoire du changement de nom lors du mariage. Bien sûr, nous avons en France, le droit de garder le nôtre, ce que j’ai fait d’ailleurs, et même sans l’assortir d’un trait d’union entre le mien et celui de mon homme. Non pas pour des raisons idéologiques, mais purement sonores et esthétiques. Pas la peine de faire porter aux enfants l’obligation d’inscrire un charabia long comme le bras à écrire sur chaque fiche d’inscription pendant le reste de leur vie … L’auteure propose une solution amusante, pas du tout pragmatique, par contre, que chaque couple prenne un nouveau nom. J’ai souri, mais un peu agacée quand même, pourquoi obliger deux personnes à changer d’identité dans le mariage ? Parce qu’un nom, ce n’est pas qu’un nom, c’est aussi porter une trace de son histoire personnelle. Le mariage serait-il une nouvelle vie qu’il faille à ce point sanctuariser ?

On l’aura compris, mon féminisme n’a pas été vraiment convaincu par celui de l’auteure, que j’ai trouvé quelque peu light, quoiqu’elle en dise, même si j’ai bien conscience que le radicalisme des années soixante dix n’est plus de mise aujourd’hui, du moins pas sous les mêmes slogans. Celui-ci se limite à deux ou trois adages, fort louables : apprendre à sa fille à être elle même, à respecter les différences, se respecter soi même, affirmer ses opinions, être femme sans être asservie. J’espère avoir donné cette éducation à fifille, et aussi à fiston, tant qu’à faire …

Fifille prendra peut-être le relais de cette note, pour dire ce qu’elle a, elle, jeune ado, apprécié, ou pas, de ces conseils.

 

6 commentaires sur “Chère Ijeawele, Chimanda Ngozi Adichie, ou manifeste pour une éducation féministe

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    1. Je l’ai lu après elle, parce qu’elle m’en parlait … Je ne lis pas tout ce qu’elle lit, heureusement pour moi (elle est dans stephen king en ce moment !), mais là, je voulais pouvoir répondre à certaines de ses interrogations. Ta fifille réagira peut-être aussi !

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    1. J’ai entendu parler de ce « manifeste » en faisant des recherches sur l’auteure lors de notre lecture commune de ce roman, j’avoue que je l’ai trouvé bien soft, « Simone, sors de ce corps », bien que ce soit un coup à relire Le deuxième sexe !

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  1. Alors déjà bravo pour ce nouveau blog, il est très beau et beaucoup lisible que l’ancien (j’avais du mal à lire sur le fond violet à l’époque). Sinon ce livre, je comptais l’acheter, mais une amie a eu le même avis que toi, en trouvant cela davantage anecdotique que profond. Moi je suis une féministe tardive puisque j’ai été élevée comme un garçon avec les mêmes exigences, mais à vieillir et regarder le monde, je m’aperçois que rien n’est gagné et qu’il y aura toujours cette réminiscence qui placera les femmes en deçà des hommes.
    (Tu as tout à fait raison pour fiston, tant qu’à faire!!!)
    Des bises Athalie

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    1. Ben oui, j’ai eu plusieurs remarques en ce sens, et j’ai fini par me décider pour une présentation plus dynamique ! Quant au titre, oui encore, c’est un manifeste très superficiel, parfaitement dispensable.

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