Le gang des rêves, Luca Di Fulvio

D’Hollywood, il en sera d’ailleurs beaucoup question, mais la première partie du livre se déroule à New York, années 20, le New York des gangsters, des putains, de la pauvreté de l’exil, de la promiscuité crasseuse, d’une certaine fraternité aussi, parfois plus dangereuse que salvatrice dans l’East Side de Manhattan.

Cetta Luminata a à peine quatorze ans, et déjà mère de Natale, garçon né d’un viol dans son Italie natale. A Manhattan, elle fait la putain, dans une maison close, protégée par Sal, un truand à la petit semaine, et peu loquace, mais qui goûte les femmes comme personne. Il semble avoir pour elle un léger faible, mais putain, c’est son boulot, alors elle prend ce que l’Amérique lui donne, dont le nouveau nom de son fils Christmas, baptisé ainsi à la sortie du bateau, sous la flamme de la statue de la liberté. Pour elle, c’est un nom américain, pour les italiens, un nom de nègre. Triste rêve, mais Cetta, pas découragée pour un sous, attend mieux.

Et le mieux, Cetta en est certaine, il sera pour son fils, qui sera américain, et pas un italien des rues, un italien des gangs de voyous qui fleurissent entre les ruelles sales, ces jeunes qui rackettent et tuent, et se font tués à peine sortis des langes. Christmas, elle le voit en Croc Blanc et pas en Martin Eden (et oui, une prostituée analphabète peut connaître Jack London, du moins, dans ce roman …). Pourtant, ce dont Christmas rêve est justement d’être chef de gang. Puisqu’on lui en refuse l’entrée, il en fondera un, les Diamonds Dogs, il en est donc automatiquement le chef, Santo, toujourts à la traîne d’une comprenette, est son second, et ma foi, c’est tout. Leur première mission étant de protéger le chien du boucher du coin, on voit bien qu’ils partent de loin dans l’échelle de la criminalité. Christmas a un don autre que celui du revolver, celui de raconter des histoires et de faire croire à ses histoires, qui enflent seules dans le ghetto. Il sait se servir de ce talent pour faire rêver, et c’est ce qui va le sortir de l’anonymat et de la communauté des exilés pouilleux.

Mais on n’en est pas encore là, il n’a que treize ans, comme Ruth Isaacson, pauvre petite princesse juive et riche, qui vit aussi à New York, et dont la maison du New Jersey est solitaire à vouloir s’enfuir. Le grand-père tient son monde du bout de sa canne de commandeur, mais son père et sa mère sont des figurants à la triste mine, faible pour lui, ruinée de réputation pour elle. Alors quand Ruth pose les yeux sur Bill, le jardinier du domaine, elle a le cœur si plein de son rire léger, qu’elle pense qu’il résonne sans cesse comme une promesse de vraie vie.

Sauf que la vraie vie selon Bill, est faite d’alcool frelaté, de violences, de l’obsession sadique d’un plaisir obtenu par les coups donnés. L’escapade enfantine fait le cauchemar de Ruth, et l’occasion aussi de sa rencontre définitive avec Christmas.

Et oui, voilà le schéma de la belle et le clochard qui pointe son museau. La belle est quand même salement amochée et le clochard a de gros boulets aux pieds avant de devenir prince charmant. Avant le juste châtiment et non moins juste retour des choses, façon Hollywood, il y aura donc de sacrés coups de mains et quelques interventions divines … Le deus ex machina fonctionne à plein tubes dans ce roman !

Si le livre fonctionne sur des schémas éculés, il est au départ très prenant : des rues pleines de malfrats, de sombres figures qui planent, des copains qui tombent dans des escroqueries minables, pour le prix d’un costume de soie qui les désignent comme appartenant au monde des petites frappes, déguisés en riche d’un jour ou deux. ça sent le Scorcèse de bon aloi. Puis Scorcèse se voit affubler des ailes de Walt Dysney, les malfrats deviennent ange gardiens, les putains, de sacrés bonnes mères courage, Hollywood ouvre ses portes dorées. Chaque chute des deux héros les conduit à une victoire sur eux mêmes et le destin. Autant de chutes, autant de victoires …

Heureusement, il reste ce bon vieux salaud de Bill, sale et méchant qui reste sale et méchant, et finalement, le seul qui empêche le roman de tourner à vide !

 

Publicités

9 commentaires sur “Le gang des rêves, Luca Di Fulvio

Ajouter un commentaire

    1. Non, pas chef d’oeuvre, bien sûr ! Mais tout les films de l’usine à rêves ne le sont pas non plus, ça n’empêche pas de les regarder et d’y prendre du plaisir, on sait ce qu’on lit, ce que l’on voit, c’est bien comme cela ! Quand tu penses que je suis fan de Sissi l’impératrice et d’Angélique Marquise des anges, tu vois que je suis un très bon bon public pour les usines à rêves de princesses !

      J'aime

    1. En fait, le méchant reste super méchant jusqu’au bout, le Bill n’a pas un moment de rémission, même pas le final … Mais les gentils sont trop gentils, trop beaux …. je ne pense pas du tout que tu aimerais, en plus, c’est un pavé …

      J'aime

  1. J’avais noté ce titre après l’avoir vu en coup de coeur de lecteur sur un groupe Facebook mais moi je ne me lance de suite que si c’est du gé-nial confirmé ou un chef d’oeuvre! Si c’est juste sympathique (même très très bien), je ne peux en faire une lecture urgente au vu de toutes les tentations.:-P Merci de sauver ma PAL.^^

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :